Les œuvres de l’esprit

Editions du Laurier

Pierres de foudre, demeure de la Shekinah et « centre spirituel » — Coups de chaud à Rennes-le-Château… !

De très anciens objets de culte, perdus et oubliés par terre dans les forêts des Corbières, sont-ils une clef du mystère de Rennes-le-Château ? À suivre les indications de Henri Boudet (dans La Vraie Langue celtique) et de René Guénon (dans Le Roi du Monde, entre autres textes), oui. Cela confirme au passage la fonction sacrale et apocalyptique du mont Bugarach. Il s’agit de pierres à l’aspect inexplicable — et pour lors inexpliqué — qui sont appelées « pierres de foudre »

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Dans la tradition populaire comme pour les auteurs antiques, les pierres de foudre étaient tombées du ciel pendant l’orage, comme nées de la foudre. Elles ont ensuite été assimilées, par les chercheurs modernes, à des haches préhistoriques de pierres polies, des silex taillés pour servir de hache. Elles sont enfin, de nos jours, considérées comme le résultat bien anodin de l’érosion due à l’eau… La vérité, c’est que les pierres de foudre ne sont pas plus tombées du ciel qu’elles ne sont des haches de silex ou des pierres façonnées par l’eau. Ce sont des pierres qui ont été frappées par la foudre, et pas n’importe quelle foudre : celle des dieux. Cela seul peut expliquer les traces improbables que portent ces pierres, ainsi que les vertus spéciales que leur attribue la tradition : rien moins que les « influences spirituelles » de la Shekinah, la « gloire de Dieu » et l’expression du Yin cosmique, le principe féminin universel. La présence de ces pierres en abondance à Bugarach (et ailleurs à proximité de Rennes-le-Château) contribue aussi et du même coup à expliquer le rôle eschatologique dévolu à cette montagne et la dimension apocalyptique du mystère de Rennes-le-Château par la même occasion.

René Guénon a évoqué les « pierres de foudre » en rapport avec le « Roi du Monde » et les « Gardiens de la Terre sainte » — c’est-à-dire les Templiers. Il laissa entendre que là où se trouvaient ces pierres était le « Centre du monde » (ou le « Cœur du monde »), c’est-à-dire un « centre spirituel », sanctuaire de fondation divine, à vocation initiatique et à dimension eschatologique. Un lieu où se signale de manière privilégiée le lien entre Ciel et Terre — et l’action du Ciel sur la Terre. 

Qu’est ce lieu ? A minima, un centre est le point de contact avec les degrés supérieurs de l’Être, le point de contact entre l’être individuel et l’Être universel. C’est le point central, qui joue le même rôle, au niveau de l’atome (le noyau protonique), de la cellule (avec le centriole), du corps humain (avec le cœur, le centre subtil cardiaque et la glande endocrine du thymus), de la planète (avec le cristal central, baigné de fer en fusion, de la TERRE), du système solaire (avec le SOLEIL), de la galaxie (avec SAGITTARIUS A*, le trou noir central de notre VOIE LACTÉE) et de l’Univers (« sphère indéfinie dont le centre est partout et la surface nulle part »). Au point de vue géographique aussi (et géopolitique), il y a des centres, nœuds de forces à direction polaire (et à vocation temporelle, politique et religieuse autant que spirituelle et initiatique), c’est-à-dire attachés en mode vertical à l’origine, qu’elle soit physique ou symbolique, de la vie et de l’existence toutes entières. (Il y a même, aussi, des centres anti-spirituels et contre-initiatiques, que la tradition appelle les « tours du diable » — et qui sont comme les antennes-relais du Démiurge et de sa grille de contrôle psychique — mais dont le sujet ne sera pas traité ici.) Ainsi et partout sur la Terre, chaque culture, chaque nation et chaque communauté à travers les âges, ont-elles leur centre spirituel, qui exprime et affirme leur origine céleste et divine en quelque manière, sous de multiples formes, du temple au menhir. 

Qu’il s’appelle « Jérusalem céleste » ou TARA (la « Terre verte » de la tradition bouddhique), « Terre sainte » ou « Terre pure », « Terre d’immortalité » ou « Terre des Vivants » (ou des « Bienheureux »), c’est l’endroit de la hiérophanie et de la théophanie initiales : là où les Dieux, pour la première fois, se sont manifestés pour délivrer la connaissance à l’humanité, sous la forme de ce qu’il est convenu d’appeler la « Tradition primordiale », parfois aussi appelée Sophia (ou Philosophia) perennis — en particulier (nous allons y revenir) la connaissance de la métallurgie — et impulser l’élan de la civilisation, sous la double influence d’une révolte mythique (qui fut d’ailleurs antédiluvienne et postdiluvienne) à la fois maléfique et bénéfique, exprimée dans notre histoire par la guerre et la destruction au nom des principes de la Justice et de la Paix universelles. 

C’est le lieu où fut révélée la tradition primordiale à nos ancêtres et où elle fut du même coup déposée, inscrite et enchâssée, afin d’en assurer la préservation jusqu’au terme de notre époque et la consommation du cycle. Il s’agit d’un dépôt à caractère transcendantal, constitué, au besoin, d’objets matériels eux-mêmes porteurs d’ « influences spirituelles » (berakoth) de nature et d’origine divines, objets qui sont, comme tels, protégés et sanctuarisés par lesdites influences, assurant par là même la puissance et la stabilité de la cité ou du pays dont ils constituent le « saint des saints ». (« Il y aurait beaucoup à dire, notait Guénon, sur les objets sacrés auxquels étaient liées, dans certains cas, la puissance et la conservation même de la cité : tel était le légendaire Palladium de TROIE ; tels étaient aussi, à ROME, les boucliers des Saliens (que l’on disait avoir été taillés dans un aérolithe au temps de NUMA ; le collège des Saliens se composait de douze membres) ; ces objets étaient des supports d’influences spirituelles, comme l’Arche d’Alliance chez les Hébreux ».)

C’est donc un lieu où l’individu est appelé à (re)prendre contact avec l’origine et la finalité de son existence, pour solliciter le flux d’information qui circule entre ces deux pôles. Connecter l’alpha et l’omega — et activer tout ce qu’il y a entre les deux : telle est la fonction d’un centre spirituel. Une fonction qui se décline aussi bien de manière exotérique, c’est-à-dire thérapeutique (dans l’optique religieuse du « salut de l’âme ») — et il s’agit à rigoureusement parler de nettoyage subtil : guérison (ou libération et transmutation) des scories émotionnelles traumatiques et transgénérationnelles enkystées dans les couches subtiles du corps humain — que de manière ésotérique, c’est-à-dire gnostique et initiatique, en termes de connaissance transcendantale et intégrale.

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Rappel du contexte et des enjeux principaux 

Il s’agira dès lors, puisqu’il est question du Bugarach et de Rennes-le-Château, d’avoir garde de verser dans les abus de la mouvance new age et contre-initiatique à la mode des « Anciens astronautes » (Alien theory), c’est-à-dire la « supercherie extra-terrestre » et la « religion soucoupiste » à la base de cette « dernière ruse du Diable » que Jean ROBIN a bien décrite (dans Le Royaume du Graal en 1992 et dans Veilleur, où en est la nuit ? en 2000) et qui essaie de nous présenter les dieux et les anges de l’Écriture comme d’aimables représentants d’humanités plus avancées que la nôtre et qui s’apprêtent à (re)venir nous débarrasser du mal et de la souffrance d’un coup de baguette magique… énième et ultime variation pour exploiter la tendance à chercher secours et salut à l’extérieur de soi au lieu de les chercher à l’intérieur, et dont le bizness new age n’en finit plus de faire ses choux gras, au profit de ceux qui font tout pour empêcher ou entraver toute initiative ou démarche sérieuse de « Délivrance » et de « Libération ». Le critère essentiel et le levier profond de la parodie contre-initiatique, pseudo-spirituelle et infra-religieuse du New Age — en plus d’attirer l’attention vers l’extérieur au lieu de l’amener vers l’intérieur — étant de rassurer l’individu au lieu de le fouetter, et de flatter son émotionnel au lieu d’en appeler au rationnel, au discernement et à la lucidité. C’est une conséquence de cette sempiternelle « ruse du Diable » qui consiste à « culpabiliser l’humanité [pour] lui faire croire qu’elle ne peut rien réaliser sans la bénédiction et l’intervention d’une classe dominante qui se fait passer pour Dieu », comme l’avait bien résumé par exemple Anton PARKS dans Le Testament de la Vierge en 2009.

Il n’en est pas moins exact par ailleurs, quelque soit la prudence qu’exige semblable réalité, que les Dieux et les anges sont aussi des individus réels, certes fort supérieurs à nous en termes de puissance comme de connaissance — et par là transcendant nos actuelles modalités d’existence sur cette Terre — mais « à l’image et à la ressemblance » desquels nous avons cependant été faits. Tout cela est vrai, bel et bon, à condition de se rappeler que les états angéliques ou divins sont aussi et surtout des états spirituels, c’est-à-dire des niveaux plus élevés que le niveau humain sur l’échelle des « états multiples de l’être ». Anges et Dieux désignent ainsi des états d’être et de conscience (et leurs noms, les principes et archétypes selon lesquels s’ordonnent ces multiples états) auxquels nous, humains, sommes appelés à accéder, par nous-mêmes — et non par l’intervention pseudo-messianique d’un quelconque sauveur intergalactique dans son vaisseau de lumière — et dans le but d’en finir avec l’ignorance et la souffrance, un but qui n’a pas grand-chose à voir avec les aspirations (définitivement vulgaires, égotiques et séniles autant qu’infantiles) au bien-être et au confort moral auxquelles le New Age est voué. « Grand Monarque », Ashtar Sheran et « Christ cosmique » : même combat, même arnaque, et tous les auteurs (aussi utiles ou intéressants que soient leurs travaux par ailleurs) qui entretiennent l’attente ou l’espérance d’une quelconque forme de libération ou de délivrance due à une intervention extérieure — comme Guy TARADE, qui termine son survol des Prophéties au rendez-vous de l’histoire (2002) en affirmant (p. 143) que « la venue [du « Grand Monarque »] n’est peut-être pas si loin » (« Avec lui, espérons et travaillons à la venue d’une humanité meilleure et plus éclairée » : youpi !), ou comme Pierre-Émile BLAIRON, qui veut croire, en conclusion de son étude sur Nostradamus (2007), que vont s’ouvrir « devant nous, avec l’aide du Grand Monarque, les grandes portes de l’Âge d’Or » (youpi aussi), ou comme Michel COQUET, qui conclut sa piètre étude sur Ovnis : la dimension spirituelle (2004) en décrétant (p. 309) que « la révélation [extraterrestre] contribuera à illuminer l’humanité tout entière [sic] et lui fera faire un pas décisif vers une nouvelle ère » avant de se réjouir de voir que « la pensée mondialiste est en route » (!), ou comme Zecharia SITCHIN, qui conclut quant à lui son étude sur La Fin des Temps et « les prophéties du retour » (2011) en déclarant avec assurance (p. 359) que « le retour [des dieux] interviendra avant la fin de notre ère [zodiacale] », ce qui ne veut pas dire grand-chose puisque les cycles cosmiques ne répondent que fort peu à nos calendriers (ce qui rend futile toute tentative de fixer à une date exacte le moindre événement cyclique) — ceux-là font le jeu de la « contre-initiation », cette ancienne et vaste conjuration au service du Démiurge, qui n’a, et n’aura jusqu’à la fin de cesse que de se prendre pour Dieu et d’entraîner avec lui un maximum de monde dans l’erreur et l’illusion. Et quand René GUÉNON écrit, dans Le Roi du Monde (en 1927), que le « centre suprême » de l’AGARTTHA ne restera pas toujours souterrain et « inaccessible » et que « sa réapparition doit coïncider avec la fin [du cycle] » — en évoquant « une prophétie que le Roi du Monde aurait faite en 1890, lorsqu’il apparut au monastère de Narabanchi » : « les peuples d’Agharti sortiront de leurs cavernes et apparaîtront sur la surface de la Terre » —, ce n’est certes pas pour rassurer son lecteur ou lui faire la moindre promesse de bonheur ou de salut que ce soit : c’est pour acter, bien loin en amont du fatras de foutaises new age qui l’a depuis recouvert et galvaudé, le caractère essentiel de notre époque, sa spécificité cyclique exceptionnelle et le sens profond de l’APOCALYPSE comme de l’ « hypothèse 2012 » : ce qui était souterrain remonte à la surface. Apocalypsis = « révélation ». De quoi ? de tout ce qui était caché — puisque « il n’y a rien de caché qui ne doive être révélé » (LUC, XII, 2).

Ces précisions étant faites, et quoi qu’il en soit par ailleurs, alors que GUÉNON nous a tranquillement parlé des « Dieux » (et parfois des « ELOHIM ») exactement comme s’ils existaient, Raymond ABELLIO, de son côté (La Fin de l’ésotérisme, 1973), acceptait de pied ferme l’idée qu’ils fussent venus sur Terre, de fort loin et il y a fort longtemps, apportant avec eux la connaissance qu’ils ont transmise depuis à l’humanité. Cependant, ajoutait-il, « le problème le plus important n’est pas, selon nous, de savoir si la connaissance primordiale a été transmise aux hommes par révélation directe ou par l’intermédiaire d’êtres étrangers à l’humanité terrestre » (question secondaire et accessoire à laquelle s’attache l’occultisme avec ses « Supérieurs Inconnus » et le New Age avec ses « Maîtres ascensionnés ») et qu’ « il est bien plus essentiel selon nous d’élucider le contenu même de cette communication » (à la fois initiale et initiatique) qui nous a été ainsi transmis. 

Or là où cette transmission a eu lieu, là est un « centre spirituel » — et il s’avère que les pierres de foudre concrétisent, aussi physiquement qu’il est possible, cette présence du divin que la KABBALE reconnaît dans ces pierres — à rigoureusement parler : la lumière dans la matière — et le sens qu’elle a pour nous. 

 

L’archétype du « Centre suprême » (celui qui fut le premier de tous) est l’HYPERBORÉE — ou plus simplement la BORÉE, soit la « Terre du Sanglier » (boar en anglais) ; d’où, chez les Celtes, la symbolique sacerdotale (attachée à la fonction spirituelle) incarnée par le sanglier, la symbolique royale (attachée à la fonction guerrière) étant incarnée par l’ours —, ce Groenland dont le nom même (la « Terre verte ») traduit l’ancienne qualité « primordiale » et « paradisiaque » (la couleur vert symbolisant la connaissance). Par la suite, de nombreux centres secondaires ont été fondés et consacrés de par le monde et au fil du temps par les forces du Ciel — ELOHIM et NEPHILIM, Anges et Archanges, Dieux et Déesses, « héros » et « géants », soit le casting habituel de tous les mythes du monde. Et dans toutes les traditions du monde, ce « centre spirituel » est sur l’axe du monde, c’est-à-dire aligné au « Pôle », puisque la symbolique du centre, la symbolique axiale (de l’ « Axe du monde ») et la symbolique du « Pôle » sont identiques au fond et réfèrent à l’origine hyperboréenne de l’actuelle humanité terrestre. Cette « contrée suprême » fut d’abord de situation « polaire », « au sens littéral de ce mot » (précise Guénon) et « quoi qu’il en puisse être de sa localisation à travers les différentes phases de l’histoire de l’humanité terrestre, elle demeure toujours polaire au sens symbolique, puisqu’elle représente essentiellement l’axe fixe autour duquel s’accomplit la révolution de toutes choses ». Cela donne une idée du rôle… central, dans le mystère de Rennes-le-Château, que joue le méridien de PARIS, méridien axial et polaire qui relie le nord et le sud de la Terre, en passant par Saint-SULPICE de PARIS et… le menhir de PEYROLLES, que nous retrouverons plus tard. (Le méridien de Paris frôle ensuite le mont BUGARACH et achève son parcours français à PRATS-de-MOLLO.) 

Au col d’Arès, sur la frontière entre l’Espagne et la France, à Prats-de-Mollo.

Le principal symbole du « Centre du Monde » a d’abord été la montagne, associée à la caverne (figurées par le triangle pointe en haut et le triangle pointe en bas du sceau de SALOMON). Dans d’innombrables cultures, ajoute Guénon, le « Centre du Monde » a aussi été représenté par un Omphalos (ombilic en grec), mot qui désigne « d’une façon générale, tout ce qui est centre » et en particulier « le moyeu d’une roue », point central et axial qui figure « l’action du Principe à l’égard du Monde ». Dans la tradition hébraïque, le « centre spirituel » est le Temple de Salomon et le « Saint des Saints » qu’il contient, l’Arche qui concrétise l’Alliance de Dieu et de l’humanité. Cela vaut donc pour la tradition particulière de tous les peuples en général, qui ont chacun leur Omphalos et leur « saint des saints », qu’il s’agisse d’un temple bâti de main d’homme, d’une montagne, d’une forêt, d’une grotte ou d’une source, d’une tombe ou… d’un cromlech, comme Henri BOUDET a dû en avoir une idée. 

       

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Du sanctuaire d’Apollon à Delphes au sanctuaire cathare du Razès 

De tels sanctuaires, rappelait Guénon, sont tous « l’image d’un Centre suprême où se conservait intact le dépôt de la Tradition primordiale ». Par exemple, l’Omphalos du temple de DELPHES, centre spirituel de la GRÈCE antique (image à gauche). « C’est là que s’assemblait, deux fois par an, le conseil des AMPHICTYONS, composé des représentants de tous les peuples helléniques, et qui formait d’ailleurs le seul lien effectif entre ces peuples, politiquement indépendants les uns des autres. La force de ce lien résidait précisément dans son caractère essentiellement religieux et traditionnel, seul principe d’unité possible pour une civilisation constituée sur des bases normales ». Tel était aussi le cas des peuples celtiques : unis dans la diversité (pour de vrai !), liés par l’esprit plutôt que par la matière (et plutôt que par ce treillis légal et fiscal aliénant et sclérosant que les Romains devaient imposer aux peuples vaincus). Unité spirituelle manifestée par « l’existence d’une mythologie commune par ses lignes générales à l’ensemble des populations celtiques » (Venceslas KRUTALes Celtes, 1976). Du reste, le mot « Celte » ne désigne pas un peuple ou un ensemble de peuples mais la caste sacerdotale d’origine hyperboréenne qui présidait aux destinées de ces peuples. Ajoutons que les mots KELTIDE (Celtide, Keltie ou Celtie) et CHALDÉE ont semblable étymologie, ce qui règle au passage la question (si tant est que celle-ci pût être problématique) de l’identité ethnique du prophète ABRAHAM (originaire d’UR en Chaldée), puisqu’il s’agit d’un druide qui s’appelait RAM (ou RAMA). De son côté, David ICKE note que « N et ABRAHAM, s’ils avaient vraiment existé, n’auraient pas été Hébreux car ce peuple sémitique n’existait pas encore. En effet, les Hébreux sont une ramification des peuples sumérien et égyptien, ainsi que l’a démontré notamment le professeur Cyrus GORDON dans The Common Background of Greek and Hebrew Civilization » (Les Enfants de la Matrice, 2002).

En outre, il est à noter maintenant — puisque cela contribue à expliquer une part essentielle du mystère de Rennes-le-Château — que parmi les Gaulois emmenés par BRENNUS qui attaquèrent et pillèrent le temple d’APOLLON à Delphes (en 279 avant J.-C.) étaient des VOLQUES Tectosages établis dans les CORBIÈRES, et qu’une partie du trésor sacré qu’ils ont pris aux Grecs a fort bien pu finir à MONTSÉGUR et/ou à Bugarach. Cela fut évoqué par Gérard de SÈDE dans Du Trésor de Delphes à la tragédie cathare (1976), synthèse magistrale et inégalée du mystère de Rennes-le-Château, du moins dans ses fondements historiques (et qui laisse bien entendre, comme l’a noté Gino SANDRI dans le documentaire de Philippe BRUNEL sur L’Abbé, le diable et les chercheurs, qu’ « il y avait quelqu’un derrière Gérard de Sède » pour lui confier les éléments nécessaires à une restitution aussi fine, précise, intelligente et cohérente). Six ans après ce maître ouvrage, paraissait L’Énigme sacrée, grossière et lourdingue tentative de faire croire que CLOVIS descendait de JÉSUS-CHRIST et MARIE-MADELEINE… En l’occurrence — même si c’est un peu moins glamour qu’avec Audrey TAUTOU dans le Da Vinci Code… — le fameux « sang réal » des Mérovingiens provient du viol, par Brennus, de la pythie de Delphes, prêtresse d’Apollon, dont le fils épousa la fille d’ANTÉNOR, lointain descendant quant à lui de PÂRIS (fils de PRIAM, roi de TROIE) : c’est de leur union que naquit la race de MÉROVÉE, et c’est pourquoi le chroniqueur royal Grégoire de TOURS put revendiquer une ascendance troyenne pour Clovis. Une ascendance à laquelle firent ensuite référence, dans l’héraldique médiévale, le lys comme le crapaud, dont la figuration s’ordonne sur le tracé du Chrisme, lequel provient du double trident (toujours présent chez les AMAZIGHS aujourd’hui), trident qui symbolise aussi la foudre et qui était l’attribut de NEPTUNE/POSÉÏDON, et donc d’origine atlante.

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Le Chrisme simple (René Guénon, « Le Chrisme & le Cœur dans les anciennes Marques corporatives ») :

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Voilà aussi pourquoi, au passage, comme l’a bien résumé David ICKE, « une légende veut que Mérovée ait été le fils d’une mère humaine et d’une créature marine appelée QUINOTAURE, laquelle ressemble beaucoup à ENKI, le reptilien annunaki que l’on qualifiait de Dieu Poisson. Mérovée était également appelé le Fils de la mer, et cela marque le fondement symbolique de la dynastie mérovingienne qui importe tant aux ILLUMINATI » — lesquels, en toute logique (puisque c’est à eux que profite le crime), ont organisé le délire plantardesque, new age et dan-brownien du « Grand Monarque », du « sang réal », du « Christ cosmique » et tout le tremblement. 

L’Omphalos, poursuit Guénon, était représenté par « une pierre sacrée, ce qu’on appelle un bétyle ». Le bétyle, c’est Beith-El en hébreu : la « Maison de Dieu », soit « le nom même que JACOB donna au lieu où YAHVE s’était manifesté à lui dans un songe ».

GENÈSE (28, 16-19) : « Et JACOB s’éveilla de son sommeil et dit : Sûrement le Seigneur est en ce lieu, et je ne le savais pas. Et il fut effrayé et dit : Que ce lieu est terrible ! C’est la maison de Dieu et la porte du Ciel. Et Jacob se leva tôt le matin, il prit la pierre sur laquelle il avait reposé sa tête, la dressa comme un pilier, et versa de l’huile sur son sommet [pour la consacrer]. Et il donna à ce lieu le nom de BEITH-EL ». C’est pourquoi le bétyle, « Maison de Dieu », marque de manière tangible (visible et sensible) « le lieu de la manifestation divine », qui s’identifie « symboliquement mais aussi réellement » au « Centre du Monde ». « Mais le premier nom de cette ville, précise encore la Genèse, était LUZ », et « ce nom de Luz a une importance considérable dans la tradition hébraïque » ainsi que dans le mystère de Rennes-le-Château, nous allons y revenir.

L’important, pour lors, « c’est que le nom de Beith-El ne s’applique pas seulement au lieu, mais à la pierre elle-même : Et cette pierre, que j’ai dressée comme un pilier, sera la Maison de Dieu. C’est donc cette pierre qui doit être proprement l’Habitacle divin (Mikshan), suivant la désignation qui sera donnée plus tard au Tabernable, c’est-à-dire le siège de la Shekinah ». D’ailleurs, ajoute Guénon, « quand on parle du culte des pierres, qui fut commun à tant de peuples anciens », « ce culte ne s’adressait pas aux pierres, mais à la Divinité dont elles étaient la résidence », à travers ces « influences spirituelles » appelées berakoth et sur lesquelles nous aurons aussi à revenir.

Les pierres de foudre sont aussi appelées « bétyles » : « des pierres considérées comme demeures divines ou, en d’autres termes, comme supports de certaines influences spirituelles ». En hébreu il s’agit de berakoth, traduit d’habitude par « bénédictions », comme l’arabe barakah, qui se traduit couramment par « grâce ». Quelle grâce, quelles bénédictions ? Rien de moins que celles de la Shekinah, la « Lumière » ou la « Gloire de Dieu » (présence effective et active de la Divinité), équivalent hébreu de la SHAKTI hindoue, c’est-à-dire l’ESPRIT saint des chrétiens : le YIN cosmique, principe féminin universel. Car « le triangle inversé féminin, la Yoni » (remarque Jean Robin), est analogue à « la colombe venant répandre ses bénédictions sur la terre » , et « pour les gnostiques, comme pour les shivaïtes, l’ESPRITSOPHIA ou SHAKTI — est féminin. C’est la Saint Esprit… ».

 

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Les auteurs de l’Antiquité ont souvent désigné les pierres de foudre comme des « aérolithes », c’est-à-dire des pierres tombées du ciel. « Chez les Mayas comme dans le monde amérindien moderne, chez les Celtes comme dans la Chine des T’ang, la hache de pierre est appelée pierre de foudre : on dit communément qu’elle est tombée du ciel. » (Chevalier & Gheerbrant, Dictionnaire des Symboles.) Or c’est faux et Guénon y insista : ces pierres ont toujours été sur Terre.

Pierre SAINTYVES, dans une étude sur les Pierres magiques : bétyles, haches-amulettes et pierres de foudre (1936), résume ainsi le point de vue des auteurs antiques : « Toutes les pierres tombées du ciel passaient pour être habitées par un dieu et dotées de quelque pouvoir de protection ou de guérison. Il en était ainsi pour les pierres de foudre. Mais leur origine même leur conférait le privilège d’écarter la foudre et la tempête. De plus, le feu céleste qui les animait, dont le caractère divin était hors de cause, les rendait particulièrement propre à ramener la chaleur et la vie. » « Cette pierre, écrivait par exemple l’Alexandrin DAMIGÉRON, est excellente pour obtenir la victoire dans les combats ou des oracles favorables. Muni de cette pierre, tu triompheras en toutes circonstances. D’après ce que l’on a observé, elle procure des songes agréables. Toutes ces vertus appartiennent à la pierre de foudre. » Saintyves ajoute : « En ce qui concerne les outils préhistoriques, il est facile d’en apporter la preuve. On leur attribuait un pouvoir magique qui les fit considérer habituellement comme des agents ou des véhicules de la protection divine. » Cela corrobore l’origine divine des premiers outils, dont la fabrication (par la forge et la métallurgie) a été enseignée aux hommes par les dieux, lors d’une de ces hiérophanies ayant présidé à la fondation d’un « centre spirituel ».

« Dans tous les cas, ajoute Guénon, le bétyle était une pierre prophétique, c’est-à-dire une pierre qui rendait des oracles, ou auprès de laquelle les oracles étaient rendus, grâce aux influences spirituelles dont elle était le support ». Bétyles et pierres de foudre « sont donc essentiellement des pierres sacrées, mais qui n’étaient pas toutes d’origine céleste » — et Guénon formule la même chose à deux autres reprises dans le même texte, ce qui montre assez l’intérêt qu’il y a, pour lui, à dissiper la « grave confusion » des pierres de foudre avec des aérolithes, en évitant d’attribuer à ces pierres « une origine céleste qu’elles n’ont point et qu’elles n’ont jamais eue ». Pour Saintyves aussi du reste, à l’appui des auteurs antiques, « rien n’empêchait d’admettre que certaines pierres, sans provenir du Ciel, fussent influencées par lui » : dont acte. Mais pour Guénon cependant, si « les pierres de foudre sont des pierres qui symbolisent la foudre », c’est parce qu’ « elles ne sont pas autre chose que les haches de silex préhistoriques ». Quel rapport ? « Cette arme est le symbole de la foudre » parce que la hache et le marteau ont d’abord été utilisés par les Dieux — foudre de ZEUS/JUPITER, trident de NEPTUNE/POSÉÏDON, marteau de VULCAIN/HÉPHAÏSTOS, MJÖLLNIR de THOR, VAJRA d’INDRA — et que « la hache de pierre, c’est la pierre qui brise et qui fend, et c’est pourquoi elle représente la foudre ». Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ! 

 

Les pierres de foudre ne sont ni des silex ni des haches et elles symbolisent la foudre simplement parce qu’elles ont été frappées par la foudre. Et elles sont « sacrées » parce que la foudre qui les a frappées a été lancée par les Dieux. Ce feu leur a laissé une présence, une empreinte spéciale, expliquant que ces pierres fussent « considérées comme demeures divines » et porteuses d’ « influences spirituelles » à caractère bénéfique et prophétique. Pierres de foudre, pierres de feu : pierres des Dieux.

L’origine même du bétyle, dans l’Ancien Testament, suffit à montrer qu’il n’est pas un aérolithe (tombé du ciel) mais que c’est plutôt le ciel qui lui est tombé dessus, puisqu’il s’agit de la pierre sur laquelle dormait Jacob quand Jehovah lui est apparu en rêve, et qu’il a mise debout ensuite avant de la consacrer, en coulant de l’huile sur son sommet, pour signifier, sur le plan terrestre et de manière concrète, la descente d’influences spirituelles et de bénédiction céleste à laquelle son rêve correspondait. La même chose s’applique d’ailleurs — Guénon s’empresse de l’ajouter — aux menhirs : au point de vue technique (énergétique et opératif), un cromlech n’est pas autre chose qu’une turbine dédiée, par la mise en œuvre des lignes de forces cosmotelluriques, à la communication supra-humaine et à la réception d’influences spirituelles à potentiel initiatique. Ce qui n’exclut pas la fonction funéraire de certains cromlechs, au contraire (La Vraie Langue celtique de Henri Boudet le suggère fortement), si tant est qu’il soit logique et cohérent d’enterrer le corps (et les effets) d’une haute individualité (roi ou reine, prince ou princesse, héros ou héroïne) à un endroit dans lequel convergent déjà et s’unissent naturellement des courants de forces célestes et terrestres qui ne pourront qu’accentuer la dimension d’hommage et de communication entre l’humain et le divin (la Terre et le Ciel) que doit revêtir un tombeau (qu’il s’agisse d’un mausolée en marbre ou d’un simple monticule de terre) et il y a là une dimension à laquelle un prêtre comme Boudet semble avoir été spécialement attentif. D’autant plus, et Boudet ne l’ignorait sûrement pas, que la tombe relève du double symbolisme de la montagne et de la caverne. Peut-être savait-il aussi (avec Nicandre de COLLOPHON) que « les Gaulois passaient la nuit auprès des tombes des héros afin d’y recueillir des oracles » ? 

 

Les armes traditionnelles — la hache, le marteau, l’épée, le trident, la lance, les flèches — symbolisent l’ « Axe du Monde », lequel désigne au fond le « Rayon céleste » (ou le « rayon solaire ») qui relie le macrocosme au microcosme, le Ciel à la Terre et l’individu à l’univers.

L’épée, en particulier, c’est la foudre : dans le Shinto japonais, « l’épée est dérivée d’un éclair-archétype, dont elle est la descendante ou l’hypostase » (A.K. COOMARASWAMY). En Europe, ce fut l’épée de NEMESIS, déesse de la Vengeance (nemesis veut dire « colère »). C’est l’ « Épée flamboyante » ou ondoyante, la flamberge, que l’on a chez les SCYTHES, les CELTES, les Scandinaves, puis au Moyen Âge dans le cycle arthurien et chez CHARLEMAGNE (dont l’épée s’appelait JOYEUSE). C’est aussi l’épée de l’archange MICKAËL, substitut chrétien de l’APOLLON hyperboréen, dont la lame est, elle aussi, ondoyante. Cette particularité couvre une référence au serpent, ainsi qu’à la fonction décisive du « Serpent » qui a divulgué à ÈVE et ADAM le secret de la connaissance du bien et du mal, sujet clé sur lequel nous reviendrons. Dans l’héraldique médiévale, ajoute Guénon, il arriva enfin que le serpent fût remplacé par l’épée, « substitution particulièrement frappante quand celle-ci à la forme de l’épée flamboyante, qui est à rapprocher par ailleurs des foudres que tient l’aigle de JUPITER ». Nous y revoilà : dans la KABBALE, l’ « Épée flamboyante » symbolise la « Foudre » céleste, qui se dit… beraka

Il est aussi à signaler — histoire d’en revenir mine de rien à Rennes-le-Château — l’équivalence entre les armes traditionnelles et les anciens outils. C’est le cas par exemple avec l’épée et l’aiguille (ou l’aiguillon) : dans le chant cathare Lo Boier, c’est après avoir labouré sa terre que le bouvier plante son aiguillon dans le sol (Quan lo boier ven de laurar, planta son aguilhada) afin d’en faire jaillir l’eau pour irriguer son champ. La chanson ne le dit pas mais cela se déduit des miracles attribués au plus célèbre bouvier du Moyen Âge, saint GAUDÉRIQUE, seigneur wisigoth de « sang réal » et patron des paysans catalans (né vers 820 et mort le 16 octobre 900), réputé entre autres pour faire tomber la pluie — et « l’épée plantée produisant la source n’est pas non plus sans rapport avec l’activité productrice du Ciel » (Dict. Sym., op. cit.), ce qui rejoint le sens de « paternité divine » que possède la foudre et que nous allons aborder en suivant, non sans signaler d’ici là que la pluie symbolise proprement, comme la « rosée céleste », la descente sur la Terre des influences bénéfiques du Ciel. À noter aussi que le mot « aiguille » dérive du latin acus, qui désignait l’aiguille de pin, et le pin, en tant qu’arbre résineux et persistant, symbolise autant la jouvence que l’immortalité. Quant à Gaudérique enfin, il est désigné par Jules VERNE dans Clovis DARDENTOR (roman tout entier dévolu au mystère de Rennes-le-Château) dans ce dialogue : « Vous nous êtes apparu en rêve, monsieur Dardentor, la tête entourée d’un nimbe… — Un saint, quoi ! — Quelque chose comme le patron des Pyrénées-orientales »… c’est-à-dire comme saint Gaudérique, puisque ce Clovis Dardentor est un tonnelier de Perpignan (et qu’en plus le tonneau est une invention gauloise).

« La hache est un centre d’intégration, l’expression d’une permanence, une foudre accumulée », et l’idée que « la hache préhistorique serait un centre de l’univers vécu, un axe, rappelle qu’en anglais le mot hache se dit ax ; en latin escia » (André Virel). Cela explique que la hache soit souvent présentée comme la première arme-outil de l’homme. 

Mais plutôt que la hache ou le marteau, le plus ancien outil mentionné par les archives sumériennes est le burin. L’origine de « burin » est dans une racine qui a donné « percer » (all. bohren) et « foret » ou « vrille » (néerl. boor), et les mots bohren et boor renvoient assez clairement au sanglier (qui est muni de défenses destinées à percer, du reste), boar en anglais, et donc à la Borée originelle.

Les tablettes sumériennes traduites et commentées par Anton PARKS dans Eden (2011) montrent assez que l’épisode de la Genèse, où Adam et Ève bafouent soi-disant l’autorité de Dieu pour manger le fruit de l’Arbre du bien et du mal, recouvre en fait la transmission aux humains d’outils et de savoir-faire destinés à les affranchir et les libérer d’une emprise abusive et injuste. (À commencer par le burin et la métallurgie, donc.) « Le terme sumérien Ĝiš veut dire à la fois arbre et outil. L’outil est le prolongement de l’arbre, son manche est généralement formé à partir d’une de ses branches. Le fruit de l’arbre est l’outil qui peut être réalisé avec son bois… Pourquoi aucun assyriologue ne l’a-t-il relevé ? Aucune idée. En quoi cette information est-elle importante ? Parce qu’elle change radicalement le sens que la Bible a voulu donner au concept du fruit de l’arbre. Cela modifie complètement, c’est peu dire, notre compréhension de l’épisode du jardin [d’Éden]. » C’est que « la connaissance du métal est le premier pas vers une autonomie complète, vers une culture civilisée. La connaissance du métal inclut la connaissance du bien et du mal, car l’outil de métal permet à l’homme de commencer à maîtriser son existence et de l’enrichir (symbole de vie) mais il permet aussi de faire la guerre et de tuer (symbole de mort) ». C’est bien ce pourquoi la métallurgie nous a été enseignée : apprendre à connaître et à discerner le bien et le mal. « L’outil était prévu pour apporter la civilisation, et au besoin pour se protéger contre les dieux [ou ceux d’entre eux qui nous furent hostiles] mais pas pour se retourner contre l’humanité entière » comme c’est quasiment devenu le cas de nos jours. Reste à se demander comment, pourquoi, et à s’en libérer. À la forge !

C’est le sens de l’épreuve du feu, c’est-à-dire le baptême de feu — car le métier du métal implique la maîtrise du feu. Voilà le sens profond et initiatique attaché aux anciens métiers, dont le compagnonnage est aujourd’hui l’ultime vestige. Voilà aussi le sens profond du symbolisme axial et polaire dont relèvent les pierres de foudre : le feu. Dans les traditions védique et bouddhique, le pilier de feu et l’arbre de feu expriment-ils la même idée que l’éclair et la foudre, celle d’ « Axe cosmique » et de « paternité divine » : ainsi quand le BOUDDHA est représenté comme un pilier de feu, ou que BRAHMA est décrit comme l’ « Arbre de Vie », igné lui aussi. La même chose s’applique d’ailleurs, précisait Guénon, au « buisson ardent » de la Bible. Le « pilier axial » qui soutient et anime l’Univers est un rayon de feu, le rayon solaire qui relie tous les mondes entre eux et au Principe originel.

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Foudre, Hache, Épée, Marteau : « paternité divine » et polarité Yang de l’existence

De fait, la hache « frappe et tranche, vive comme l’éclair, avec bruit, et parfois des étincelles […] ce qui l’associe dans toutes les cultures à la foudre, et donc à la pluie : ce qui conduit aux symboles de fertilité », de même que « la foudre, disent les Dogons et les Bambaras du MALI, est une hache que le dieu des eaux et de la fécondité lance du ciel sur la terre » (Ch. & G., op. cit.). Les armes et les outils — dont la parenté se signale ici d’elle-même — symbolisent, tout comme l’axe polaire et le « centre spirituel », l’activité productive et créative du Ciel sur la Terre : la fertilité et la créativité en général, contenues dans l’acte de fécondation, que ce soit de manière physique — par l’eau et le feu qui nous viennent du ciel et qui assurent toute vie sur Terre — ou de façon subtile et vibratoire — par le Verbe et la parole, qui ont l’épée pour symbole. Cela renvoie donc in fine à la spiritualisation de la matière : l’Incarnation et la descente de l’Esprit. C’est aussi à cela que renvoient, dans la tradition européenne, les « larmes d’un dieu solaire [Bélénos pour les Gaulois ou Apollon pour les Grecs], créatrices de sources et de fontaines » (Camille JULLIAN, « Remarques sur la plus ancienne religion gauloise », Revue d’études anciennes, 1904). Il y a évidemment équivalence et analogie entre les larmes et la « pluie de bénédiction » (la « rosée céleste »). Les larmes d’Apollon sont devenues l’ambre, qui se dit elektron en grec. On peut enfin signaler la quasi homophonie entre « foudre » et « foutre », renvoyant à l’idée d’insémination et de fécondation de la Terre par le Ciel. Le labourage, que l’on a évoqué avec le bouvier, est « universellement considéré comme un acte sacré » en tant que « fécondation de la terre » : dans l’ancienne Chine, le premier labourage de l’année s’effectuait par couples et se ponctuait d’unions amoureuses.

Les armes symbolisent enfin la capacité à distinguer, à discerner, à décider. (C’est ALEXANDRE tranchant le nœud gordien d’un coup de lame.) Chez les anges, d’après Denys l’ARÉOPAGYTE, « les lances et les haches expriment la faculté qu’ils ont de discerner les contraires, et la sagacité, la vivacité et la puissance de ce discernement ». Pour Guénon aussi, « l’épée, dans sa signification la plus élevée, figure la Sagesse et la puissance du Verbe ». C’est une faculté mentale et rationnelle par excellence (la raison, ratio, la mesure, mensura, de mens qui a aussi donné « mental ») — qui conditionne la capacité de décision et donc la souveraineté — qui sont des qualités solaires, à polarité Yang et masculine. Cela inclut d’ailleurs les deux aspects, bénéfique et maléfique, du principe Yang universel, puisque « le marteau représente l’activité formatrice ou démiurgique », soit la tendance de l’ego à tout mettre en forme, et donc à tout limiter, ce qui conduit, comme le Démiurge, à s’enfermer dans les formes. 

Car à travers la foudre, « le vajra symbolise le principe masculin de la manifestation universelle, et ainsi la foudre est associée à l’idée de la paternité divine ». Même chose dans la tradition occidentale : « la foudre y est le principal attribut de ZEUS PATER ou JUPITER, le Père des dieux et des hommes, qui foudroie d’ailleurs les Titans et les Géants comme Thor et Parashu-Râma détruisent les équivalents de ceux-ci avec leurs armes de pierre ». À lire entre les lignes — sans le dire Guénon le laisse entendre —, plutôt que la foudre des orages, c’est le feu des Dieux qui a frappé les pierres de foudre, lors des combats entre les Dieux et les Géants. L’idée que des combats titanesques eurent lieu dans les Pyrénées est un lieu commun du légendaire local (la légende de HERCULE et PYRÈNE en est un écho), y compris en RAZÈS, avec le menhir de BACOU (dit de Saint-SALVAYRE), par exemple : un géant jouait au palet avec et l’a planté là en le lançant trop fort… On peut aussi penser au duel de Mickaël et de Satan (derrière lesquels se laissent deviner Horus et Seth) mais les archives sumériennes regorgent d’exemples de ces combats titanesques s’étant déroulés sur toute la surface de la Terre des dizaines de milliers d’années durant. Et notre daron du ciel, à grands coups d’éclairs, a éclaté et fracassé les paysages en même temps que les récalcitrants, laissant au sol ces pierres imprégnées de son feu et appelées pour cela « maison de Dieu ».

Les pierres de foudre sont donc des bétyles, « demeures divines ». Elles sont comme les parcelles du Mikshan, le Tabernacle, « siège de la Shekinah ». Là où sont ces pierres, là est un « centre spirituel » axé sur le Pôle. « La Shekinah est la Présence réelle de la Divinité » et dans l’Écriture, les passages qui la mentionnent en particulier, ponctue Guénon, « sont surtout ceux où il s’agit de l’institution d’un centre spirituel ». Or de telles pierres se trouvent en grand nombre aux abords immédiats du mont Bugarach.

Cela contribue à expliquer pourquoi le pech de Bugarach, point culminant des Corbières (1 231 m) dans les contreforts pyrénéens, a été présenté lors d’une vaste campagne d’intox médiatique entre 2010 et 2012 comme le centre névralgique de l’Apocalypse, en tant qu’unique refuge sur Terre permettant de survivre aux carnages et aux ravages d’une « fin du monde » soi-disant annoncée par les Mayas pour le 21 décembre 2012.

Quand bien même aucun représentant de la tradition maya n’ait jamais proféré semblable énormité, il n’en reste pas moins que toute propagande contient nécessairement une parcelle de vérité qui est à distinguer du flot de conneries et de mensonges dans lequel elle est plongée. Le même constat s’applique à l’hypothèse que le pech de Bugarach mène aux réseaux souterrains du royaume d’Agarttha (ou de SHAMBALLAH : la Terre creuse), et qu’il contienne un portail interdimensionnel (c’est-à-dire qui transcende les conditions spatio-temporelles de notre existence ordinaire) : stargate ou « porte des étoiles », sur le modèle des « trous de vers » en astrophysique, permettant de se déplacer dans l’univers à des vitesses supralumineuses. La première hypothèse a été documentée par André DOUZET dans « Et in Burgario ». Les énigmes de Bugaach (2008) — il est question d’une ancienne fête villageoise dite de « la sortie de l’ermite », encore attestée en 1597, qui célébrait le pèlerin achevant un périple souterrain entamé à l’ermitage de GALAMUS et se terminant à Bugarach — et a surtout été déclinée dans plusieurs romans de Jules VERNE, qui écrivait par ailleurs, dans Vingt mille lieues sous les mers : « Je suis l’historien des choses d’apparences impossibles, qui sont pourtant réelles, incontestables ». Ainsi de la Terre creuse. Qui plus est — concernant cette fois la seconde hypothèse —, si des films et des séries télévisées à gros budget nous envoient de la Stargate et de la Starwar à tire-larigot depuis quelques dizaines d’années maintenant, c’est que ça existe peut-être déjà. D’après les archives sumériennes qui ont servi à écrire l’Ancien Testament, les combats entre les dieux ANUNNAKI, qui s’affrontèrent par cités et nations humaines interposées, au IIIe millénaire avant J.-C., eurent justement pour enjeu stratégique les aérodromes et les spatiodromes qu’ils avaient construits et dont ils se disputaient la possession (entre autres à BAALBEK et à GIZEH). En 2010, Ala SHAHEEN, chef du département d’archéologie de l’Université du CAIRE, déclarait : « Je ne peux pas le confirmer ou l’infirmer, mais il y a quelque chose à l’intérieur de la pyramide [de Gizeh] qui n’est pas de ce monde ». Rien n’empêche de penser que le mont Bugarach fût aussi l’un de ces « cosmodromes ». 

Comme il est d’usage en Occident, l’intox médiatique ne sert qu’à discréditer la vérité, dans le but de la rendre aussi ridicule et peu crédible que possible, afin que personne n’y accorde l’attention qu’elle mérite. Mais quelle(s) vérité(s) ?

En l’occurrence, l’existence de vastes réseaux souterrains dans les CORBIÈRES et dans les Pyrénées, comme ailleurs dans le monde, a été vérifiée depuis longtemps par les spéléologues (par exemple à PUIVERT ou à NÉBIAS récemment), et l’idée que ces souterrains puissent conduire à des grottes bel et bien aménagées et habitées par des gens dont nous ignorons tout n’a rien de nouveau ni de choquant, de même que la présence éventuelle d’un portail galactique n’a rien de fantaisiste en regard des innombrables observations d’ovnis dont le mont Bugarach et la région en général sont le théâtre depuis longtemps déjà. De telles hypothèses étant pour lors invérifiables empiriquement, il reste à se demander qui les a répandues, et pourquoi elles ont été ainsi jetées en pâture au grand public d’aussi vulgaire et triviale manière. Autrement dit, à qui put donc profiter une telle mascarade… sinon à ceux — c’est-à-dire ces « Illuminati » déjà évoqués — qui font tout pour entraver l’accès à nos sanctuaires et (tant qu’il en est encore temps…) pour perturber, dévier ou capter les influences bénéfiques émises par ces derniers ? 

Ce déferlement de bêtise médiatique mondiale (dont la mèche fut discrètement allumée dès 1986 par Elizabeth van Buren avec son Refuge of the Apocalypse) s’est fondé, pour la pervertir et la galvauder (sans bien sûr pouvoir le dire mais en le signifiant malgré lui…), sur la fonction de « centre spirituel » du mont Bugarach — qui semble bien, au nom des indices convergents ici assemblés, être le centre de la tradition occidentale en particulier, pour ne pas dire le « Centre suprême », le « Cœur du monde » actuel en général. Le fait que le centre spirituel de l’Occident ne soit plus à Delphes, à Rome ou à Jérusalem est déjà assez considérable en soi, car le mont Bugarach est en pays cathare et cela signe donc la victoire ultime d’Amor sur Roma. « Au cap des sept cents ans, le laurier reverdira. »

En revanche (et de manière connexe), il a été dit et répété que le Bugarach contenait de quoi foutre en l’air la société entière (ses religions et ses institutions) et acter pour de bon la fin du cycle, ce qui est pour le moins tendancieux sinon fallacieux, et ne peut qu’inviter à la plus grande méfiance.

Cette ritournelle — qui exploite et galvaude le thème (à vocation gnostique et initiatique) de la trouvaille d’un trésor qui sauvera le monde… — remonte à la publication, à VENISE en 1499, du Songe de POLIPHILE, ouvrage pseudo-ésotérique issu des milieux desquels le capitalisme était en train d’émerger (et destiné à donner une quelconque légitimité à leurs velléités d’hégémonie mondiale), qui eut une immense postérité (les jardins du château de Versailles en sont inspirés) et qui utilisa la légende d’un dépôt sacré, dans les Pyrénées, support d’une connaissance d’origine supra-humaine et de filiation atlantéenne, destinée à faire émerger un nouvel âge d’or sur Terre. (Ce fut le projet luciférien de la modernité : réaliser le Paradis sur Terre, mais compris et appliqué de manière satanique : par le bas et dans la matière — ou l’idéal cathare et templier d’une chrétienté accomplie et universelle, projet dévoyé par les agents du mondialisme.) 

Relancée par les Rose-Croix au début du XVIIe siècle, l’idée suscita au XXe siècle l’adhésion des occultistes du IIIe Reich avant que Pierre Plantard la mette ensuite à sa sauce, jetant un grappin aux effluves saumâtres et délétères sur Rennes-le-Château — avec le succès commercial que l’on sait — à grand renfort d’enflures et de circonlocutions pseudo-ésotériques et de turpitudes qui laissent une piètre idée de ses motivations réelles, si tant est qu’il en eût en propre (puisque Plantard, dessinateur industriel de son état et mythomane d’extrême-droite à ses heures perdues, était en service commandé, manipulateur manipulé, au point, tel un golem, de finir par ne plus guère sembler s’appartenir), sans parler de la bêtise même du but poursuivi — un but proprement contre-initiatique et « antéchristique » : le projet satanique d’un « nouvel ordre mondial » présenté sous les consternants auspices d’Ashtar Sheran et des promesses new age d’un bonheur tombé du ciel. 

À suivre Guénon le dépôt sacral et transcendantal conservé par un « centre spirituel » n’a certes pas vocation à abattre la société mais plutôt à la maintenir en place — c’est l’agent même de sa conservation et le garant de sa survie. Autrement dit les pouvoirs en place ont intérêt à maintenir cachés les dépôts archéologiques les plus anciens, voire à les détruire (ce dont ils ne se privent pas) — et quand ils les cherchent, ce n’est pas pour les mettre dans un musée ensuite ou les offrir à la piété populaire (en exploitant celle-ci sans vergogne au passage, comme à LOURDES ou à MONTSERRAT) : c’est pour s’en servir. Et s’en servir pour garder leur pouvoir et le renforcer si possible. 

Cela peut expliquer pourquoi le ou les dépôts contenus dans le Bugarach ont surtout été l’objet d’une quête profane à visée dominatrice — et menée, à ce titre, par des militaires spécialisés, des SS allemands à la DGSE française en passant par le Mossad israélien — qui n’entendait certes pas en finir avec l’actuelle société pour lui substituer un stupide modèle new age pseudo-paradisiaque d’abondance et de paix planétaires, mais bien pour maintenir et prolonger la société actuelle dans ce qu’elle a de pire : le contrôle, la coercition, l’exploitation et la destruction de la Terre et de l’humanité (ce que ses promoteurs appellent « nouvel ordre mondial »).

Il est d’ailleurs possible que, peu après avoir liquidé le maquis du TAULAT, à Montségur, en avril 1944, un détachement de la division SS Das Reich soit allé fouiller au col du LINAS (à Bugarach) avant de disparaître sous terre. (Même sanction, une cinquantaine d’années plus tard, pour des chercheurs allemands dont la galerie souterraine s’est effondrée sur eux, vers la source de la SALS, à deux pas du Linas). La présence d’agents du Mossad a été attestée à la fin des années 1970. Quant à la DGSE — Direction Générale de la Sécurité Extérieure, autrement dit les services secrets, qui ne sont pas censés intervenir en métropole — sa présence aux alentours du mont Bugarach (en particulier sur le site de fouilles de LAFARGUE, à CAMPS-sur-l’AGLY, de sinistre mémoire) a elle aussi été corroborée par des sources indépendantes. — À noter, enfin, que c’est par l’entremise de Plantard que le « domaine de la Sals » a été confié en 1944 à Jean de RIGNIES, un ancien de la Milice et de la division SS Charlemagne (qui a prétendu ensuite, sans honte et sans rire, avoir été envoyé en ces lieux, sans d’ailleurs dire pourquoi, par la grâce surnaturelle de Philippe de LYON — pourquoi pas la sainte-Vierge ?), inaugurant ainsi à la source de la Sals la présence d’une extrême-droite encore active aujourd’hui (et qui signale ses sympathies en se permettant de truquer le nom même de la rivière Sals en remplaçant le s final par un z, en référence à l’Obersalzberg, qui veut dire « montagne au-dessus de la Salz » et qui était la résidence d’hiver de HITLER). 

À propos de Rennes-le-Château, ceux qui parlent d’un trésor à caractère « spirituel » — et comme tel susceptible d’abattre les religions établies pour y substituer l’infra-religiosité humanitaire, mondialiste et dégénérée que promeut une certaine franc-maçonnerie non moins dégénérée — pourront peut-être trouver ici de quoi affiner un peu leur position. En toute logique, c’est de Plantard que nous vient cette vertigineuse suggestion — découvrir et violer la tombe (cachée à Rennes-les-Bains) de la déesse Isis, rien que ça, pour nous faire entrer dans l’Ère du Verseau, allons-y gaiement — qu’un DOUMERGUE a remise en valeur (Le Secret dévoilé, 2013) et qu’un Jean d’ARGOUN avait élargie entre-temps à la thématique messianico-soucoupiste dans deux livres amphigouriques, Bugarach la Montagne sacrée (2001) et L’Ultime Secret de Rennes-le-Château (2003), emblématiques du délire new age qui déferla ensuite sur le pays jusqu’à la fin de 2012 et dont ils réunissaient les principaux poncifs, à commencer par l’idée aberrante que certains « élus », ce fameux 21 décembre-là, se verraient embarquer dans un vaisseau spatial pour s’en aller faire la fête avec Ashtar Sheran et son orchestre quelque part dans le cosmos — sous la bienveillante et pateline surveillance des militaires déployés sur la montagne ce soir-là… — pendant que le reste de l’humanité périssait dans les affres d’une destruction globale ! On connaît la suite.

Il est moins connu en revanche, comme nous venons de l’évoquer, que ces stupidités new age répondent à des intentions profondes assez douteuses et pernicieuses, puisque l’idée d’en finir avec l’actuelle société, pour instaurer on ne sait quel « âge d’or » ou « nouvel ordre » planétaire, n’est que l’ultime perversion de l’idéal progressiste occidental (dont le messianisme laïcisé a voulu réaliser le paradis sur Terre), et qu’elle s’est donc trouvée aussi, en toute logique, à la source des courants occultistes où fermentèrent, avant d’en jaillir, le fascisme et le nazisme. (Quelques décennies avant d’être mise à jour et recyclée dans le new age et le flower power…) En l’occurrence, certains des promoteurs de cette résurgence impérialo-romano-païenne de pacotille (d’ailleurs soutenue par le Vatican) que furent l’Italie mussolinienne et plus encore le Reich hitlérien étaient déjà présents autour du jeune Plantard, qui joua ensuite au chevalier blanc (« Alpha-Galates ») avant de frapper un grand coup pour entrer en politique, pendant la guerre, en dénonçant un certain SHAPIRO en tant que juif pour lui piquer un bien immobilier (voir les mises au point de Gérard de Sède dans Rennes-le-Château. Le dossier, les impostures, les phantasmes, les hypothèses en 1988 et de Jean Robin dans Le Royaume du Graal, ch. 2 : « Dans les coulisses du faux Imperium »). Tout cela pour se revendiquer ensuite de filiation christo-mérovingienne… Bon sang ne saurait mentir ! Cela suffit à montrer — un soi-disant noble agissant de manière aussi vile — combien ce thème du « sang réal », monté en épingles par Plantard avant d’être exploité par Dan Brown dans son Da Vinci Code, n’est encore qu’un miroir aux alouettes, car nous sommes toutes et tous enfants du Ciel et de la Terre. « Noblesse oblige », paraît-il, et tirer la moindre prétention de son ascendance (réelle ou supposée) ne fait certes pas honneur à celle-ci. De manière générale, l’escroquerie à laquelle Plantard a contribué — et qui n’a guère consisté qu’à galvauder des fragments de doctrines qui le dépassaient — va jusqu’au point (quand bien même un tel raccourci semblera outrancier à ceux qui manquent encore un peu de recul) qu’entre l’Ère du Verseau chantée par un naïf et sincère innocent comme Paul LE COUR — qui fut l’un des mentors de Plantard et l’auteur de L’Ère du Verseau. Le proche avenir de l’humanité (1937), qui a pris un sacré coup de vieux ! — et le « Reich pour mille ans » phantasmé par des psychopathes comme Hitler et sa bande, c’est bonnet blanc et blanc bonnet, ou dit autrement, deux illustrations du fait que « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». (C’est la même logique, pour prendre un exemple actuel de cette banale « ruse du diable », que dans la mise en scène de Greta THUNBERG à propos d’écologie et d’ « effondrement » : derrière le prétexte de sauver le monde, il ne s’agit que d’attiser la peur et la culpabilité, la colère et la vengeance, la violence et le chaos, dans le but, toujours le même, de mettre en place un État mondial totalitaire.) C’est que, comme l’a bien résumé Jean ROBIN dans Le Royaume du Graal (p. 686), les acteurs de cette vaste et pluriséculaire parodie « considèrent tout ce qui a été dit sur l’Agarttha par la Tradition, comme une préfiguration symbolique dont eux-mêmes devaient fonder la réalité », le résultat ne pouvant aboutir qu’à la plus infernale caricature — y compris en confondant au passage « le retour du Christ sur les nuées » avec « le Messie extra-terrestre descendant du ciel dans une soucoupe volante ». Cette ritournelle-ci, que Plantard eut au moins la décence de nous épargner (le tombeau d’Isis à Rennes-les-Bains, c’était déjà pas mal), se trouva reprise et rabâchée depuis par le vaste chœur des adeptes new age qui ont besoin d’un sauveur extérieur au lieu d’être leur propre sauveur, et qui attendent sagement l’Antéchrist déguisé en Messie que le projet Blue Beam leur réserve depuis longtemps déjà. 

Voilà pourquoi le pech de Bugarach a été brocardé — pour ne pas dire profané — en étant présenté comme l’épicentre mondial d’une apocalypse new age grotesque au service de la parodie contre-initiatique : il n’y a pas de fumée sans feu. Le tout est de savoir de quel feu il s’agit. Et qui l’a allumé… 

Et de découvrir, à partir de là, à quelles « bénédictions » (berakoth) ou « influences spirituelles » nous avons à faire avec les pierres de foudre, qui non seulement — et contrairement à la tombe d’Isis… — existent bel et bien, mais sont à la portée de la main de tout le monde, étalées au sol sur des dizaines de mètres carrés à proximité immédiate des chemins de randonnée (voire sur les chemins eux-mêmes, et pas seulement à Bugarach). Et de vérifier, à partir de là, à quel point elles peuvent contribuer à expliquer la réputation qu’a le pech de Bugarach d’être un « juge de paix ».

Car en outre et de manière générale, un « centre spirituel », ici comme ailleurs, est d’abord et avant tout un lieu de culte, d’hommage et d’offrande — manière de contact et de communication avec la divinité ou les forces du Ciel. Un sanctuaire, donc : et la fonction première d’un sanctuaire, ce n’est pas tant la dévotion que la guérison (quoique les deux aillent ensemble). Et ce n’est certes pas faire œuvre de guérison (ni encore moins de dévotion, du reste) que de prétendre mettre de telles « influences spirituelles » au service d’on ne sait quel infernal et imbécile projet d’unification mondiale, déguisé en « âge d’or » pour adolescents attardés : une telle erreur, soit le piège démiurgique et antichristique du « grand monarque » sauveur du monde — et qui confond d’ailleurs « le Monde » avec « ce monde », le premier désignant l’Univers entier, le second n’étant que le domaine terrestre soumis au Démiurge, le « Prince de ce monde » (parfait exemple de cette « confusion entre l’aspect lumineux et l’aspect ténébreux [qui] constitue proprement le satanisme », rappelait Guénon) — cette erreur ne pourra qu’aboutir à retourner contre soi (et subir leur « choc en retour ») les forces qu’on aura ainsi prétendu employer à précipiter le chaos en s’imaginant rétablir l’ordre. La Shekinah est la force de Justice et de Paix, et nul homme ne saurait les imposer à quiconque car c’est elles qui s’imposent à l’homme. « La lutte contre le mal, disait M. AÏVANHOV, est l’affaire des entités célestes, et non des humains : ils n’en ont ni la taille, ni l’envergure, ni les méthodes. Tous ceux qui se sont imaginé qu’ils étaient assez forts pour partir en guerre contre le mal, ont été terrassés, car le mal est une force cosmique extrêmement puissante. C’est pourtant une erreur de croire qu’il possède autant de pouvoir que le bien, et que le Diable est une entité assez formidable pour tenir éternellement tête à Dieu. Mais cette entité, il n’est pas donné aux humains de la vaincre. Quand certains audacieux croient avoir reçu la mission d’anéantir le mal dans le monde, ils ignorent à quels dangers ils s’exposent. Ce n’est pourtant pas une raison pour ne rien faire en attendant que les entités célestes viennent terrasser celui que l’Apocalypse appelle le dragon. Chaque jour, en avançant sur le chemin de la lumière, nous pouvons renforcer l’armée du bien, l’armée des fils et des filles de Dieu [le voilà, le vrai « sang réal » : c’est un état d’être], afin de hâter Sa victoire. Quand cette armée sera suffisamment nombreuse, les entités des ténèbres seront vaincues. Si elles continuent à exercer leur activité destructrice, c’est qu’elles sont encore trop alimentées par les convoitises et les désirs inférieurs des humains. »

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Les pierres de foudre sont également citées par Henri BOUDET dans La Vraie Langue celtique et le Cromleck de Rennes-les-Bains (1886), le maître ouvrage sur les mystères de Rennes, où les pierres de foudre sont présentées comme des « haches celtiques » et appelées, nous allons voir pourquoi, « pierres de trou » — car la pierre trouée ou percée, en anglais, se dit axstone, c’est-à-dire la pierre de l’axe. Revoici donc l’axe, et avec lui, le Pôle.

Dans « La Vraie langue celtique » expliquée aux curieux et aux incrédules (2012), Jean-Alain SIPRA s’est arrêté sur les « pierres de trou » et le message que Boudet entend nous transmettre à travers elles. J.-A. Sipra, qui était natif d’Espéraza et parlait occitan, remarque d’abord l’astuce employée par Boudet : « il a écrit trou au lieu de troun, dont la graphie normalisée est tron, qui signifie Tonnerre. Il s’agit donc d’une pierre de tonnerre, plus connue sous le nom de pierre de foudre » (et « selon la tradition biblique, le tonnerre est la voix de Yahvé », rappellent Chevalier et Gheerbrant). Évoquant ensuite, mais sans en tirer les implications, les indications de Guénon que nous avons déjà mentionnées, Sipra n’en fait pas moins le lien qui s’impose entre la pierre de foudre et la pierre du GRAAL. Boudet précise en effet que sa « pierre de trou » était « faite de jade, de serpentine ou de diorite », « minéraux dont on peut remarquer, signale Sipra, qu’ils présentent la particularité d’être de couleur vert, puisque leurs teintes varient du blanc olivâtre au vert foncé ». Et le vert, évidemment, renvoie à l’Irlande, terre celtique par excellence, « mais la couleur vert est aussi celle de la sagesse divine et de l’initiation gnostique » : « c’est celle de l’émeraude, qui évoque pour nous la pierre du Graal de Wolfram von ESCHENBACH ». Enfin le lien entre le Graal, la connaissance et Marie-Madeleine n’a pas non plus échappé à Sipra, quand il relève que Boudet, « lorsqu’il décrit la fontaine de la Madeleine [à la confluence de la Blanque et de la Sals], nous dit qu’on y trouve du sulfate de fer d’une belle couleur vert ». La boucle est bouclée. 

Une précision supplémentaire a cependant échappé à la sagacité de J.-A. Sipra : la raison pour laquelle Boudet, en décrivant ses pierres de trou et ses haches de silex, s’attarde autant (six pages durant, 255-260) sur la localité de PRESSIGNYLE-GRAND, dans le département d’Indre-et-Loire, où furent découvertes, à partir de 1864, de grandes quantités de ces silex taillés. La seule conséquence que Boudet en tire, est que ces silex « devaient entrer dans l’équipage du voyageur » et que les Gaulois emportaient toujours avec eux en voyage l’une de ces pierres, signifiant pour eux « la demande et la prière s’élevant vers les hauteurs des cieux ». « Les silex de Pressigny-le-Grand, aussi bien que nos pierres polies de jade, ponctue Boudet, méritaient excellemment le nom de pierres de Trou ou pierres de la croyance ; parce qu’elles renfermaient dans leur signification l’acte le plus essentiel de la religion par lequel l’homme reconnaît sa dépendance entière de Dieu, le souverain Dominateur ». À tout le moins se constate ici le rapport, que nous avons déjà évoqué, entre les pierres de foudre et la Divinité — comme si, décidément, elles portaient Sa marque et permettaient de se lier à Elle. S’y ajoute le fait que l’église de Pressigny-le-Grand est dédiée aux saints GERVAIS et PROTAIS, auxquels est aussi dédiée l’église de… GISORS, dont le frontispice représente justement la scène de Jacob qui dort, la tête sur son bétyle, et voit en rêve les anges descendre et monter l’échelle qui relie la Terre et le Ciel. En se rappelant à toutes fins utiles qu’à l’époque de Boudet, la crypte du château de Gisors n’avait pas encore été découverte par Roger LHOMOY, ni a fortiori vidée de son contenu par le 5e régiment du Génie envoyé par André MALRAUX en 1964. Or, coïncidence ! — « C’est cette année-là » qu’a commencé l’offensive d’intox plantardiste et « qu’on a brodé autour du mystère de Rennes-le-Château la mythologie du prieuré de Sion » (Paul SMITH, « The Plantard Grail », Journal of the Pendadrgon Society, 1986, cité par Gérard de Sède, ibid., p. 134) avec ses tapuscrits apocryphes et antidatés (LOBINEAU et compagnie) qui ne semblent avoir servi, du coup, qu’à faire diversion et à détourner l’attention.

La pierre de foudre est également mentionnée par Maurice LEBLANC dans un roman d’Arsène Lupin. C’est Patrick FERTÉ, dans sa monumentale étude sur Arsène Lupin Supérieur inconnu (1992), qui a levé ce lièvre de grande race, en analysant L’Île aux trente Cercueils de Maurice Leblanc (1919) — où figure ce passage : « Quelque chose tomba à terre, quelque chose qui l’avait frappée dans le dos. C’était une hache, une hache de pierre. Ah ! La pierre de foudre ! La pierre de foudre ! cria Gertrude »…

Que vient donc faire la pierre de foudre ici ? La même chose que chez Boudet : nous renvoyer aux origines du monde actuel et attirer l’attention sur la filiation céleste et divine de la vie humaine terrestre, filiation assurée par de fort farouches manieurs de foudre. Boudet cependant y ajoute une subtilité à vocation topographique, cette fois, puisque son propos est aussi de localiser les lieux où sont les vestiges et les reliques de ces personnages fantastiques. Il est fort probable en effet que le « cromleck de Rennes-les-Bains » ne soit pas autre chose à l’origine qu’un tombeau abritant la ou les dépouilles d’individus géants ­— ce que Boudet suggère en disant (p. 261) que « la présence des silex et des pierres polies dans les tombeaux des Celtes confirme pleinement l’idée religieuse attachée aux pierres de Trou », à savoir le souvenir des personnages mythiques dont la foudre a frappé ces pierres. « À nos yeux, ajoute Boudet (p. 263), les silex de Pressigny et les pierres polies de Trou, placées dans un tumulus à côté des restes humains, proclament hautement la croyance inébranlable des Gaulois, à l’immortalité de l’âme, et à l’excellence de la prière adressée à Dieu pour ceux qui les avaient précédés dans l’éternité. » Manière de rendre hommage à nos grands ancêtres ? Assimiler, comme il le fait, la « pierre de trou » à une « hache celtique », c’est se référer, sans les nommer, à ces dieux porteurs de haches, tel ce « pontife forgeron »  mentionné par Guénon et dont les Gaulois se savaient les descendants.

En attendant d’y revenir, voici l’indication toponymique dissimulée par Boudet et découverte par Ferté. Au début de sa section sur « La pierre de trou ou hache celtique » (p. 255), Boudet écrit que « la pierre polie, dite hache celtique […] représente ce qu’il faut croire » et qu’ « une vague idée religieuse s’attache encore à cette pierre ; dans la pensée de quelques-uns, elle préserve de la foudre, d’autres inclinent à croire qu’elle écarte certains malheurs ». Jusque-là, rien de nouveau — mais Boudet cache bien son jeu et Ferté ne s’y est pas laissé prendre. « Les élucubrations de l’abbé Boudet sur la pierre de foudre ou de trou méritent qu’on s’y arrête un peu, car si ce bizarre spécialiste des mégalithes du Razès a inventé une kyrielle de faux menhirs et dolmens, il a omis la seule pierre levée authentique, située qui plus est au pied de sa paroisse de Rennes-les-Bains, je veux parler de la Peiro Dreito ou Pierre droite, dont le nom signifie tout simplement la pierre levée, proche du tombeau des bergers d’Arcadie [naguère situé aux PONTILS], juste sur le méridien de Paris, et que [Louis] FÉDIÉ pensait dressée au-dessus d’une immense caverne » : le menhir de Peyrolles. Et quelle étymologie nous propose Boudet ? Peyre : « pierre », et -ole, comme l’anglais hole : « trou ». D’où Peyrolles = « Pierre de trou »… « Dès lors, constatant qu’il omet, sans autre excuse possible que l’allusion en négatif, ledit menhir de Peyrolles, mais qu’il devise longuement de la pierre de trou », c’est qu’il veut désigner celui-ci en nous parlant de celle-là — en précisant bien que cette pierre « représente ce qu’il faut croire ». Croire quoi ?

L’incroyable évidemment, sans quoi ce ne serait pas drôle.

C’est que le menhir de Peyrolles se situe face à la gorge de BÉZIS, dans laquelle se trouve un rocher en forme de cône et qui a bien sûr été identifié comme une aiguille, et pas n’importe laquelle : la fameuse « aiguille creuse » du roman éponyme de Maurice Leblanc, située celle-ci à ÉTRETAT, en NORMANDIE

L’aiguille de la gorge de Bézis, identifiée par plusieurs chercheurs (comme ici Jean-Pierre GARCIA) à l’ « aiguille creuse » d’Arsène Lupin.

Dans l’un de ses plus célèbres romans, L’Aiguille creuse (1909), Maurice LEBLANC met en scène son « gentleman cambrioleur » dans la caverne creusée à l’intérieur de ce rocher pointu détaché de la falaise d’Étretat, où sont entreposés tous les plus rares et précieux trésors du monde. « L’image de cette aiguille creuse, constate Ferté, amalgame tous les symboles du Centre du Monde » : « omphalos polaire » et « nombril du monde », « aiguille de la boussole braquée sur l’Ourse », « axis mundi » et « Arbre du Ciel », « le centre sacré qui touche à l’essieu des cieux, pôle immobile et idéal autour duquel tournent les roues de l’espace et du temps »… « Initiatique, l’antre de l’Aiguille ne saurait être atteint qu’au terme d’un cheminement labyrinthique qu’effectua Arsène Lupin pour découvrir son secret ». Et voilà comment Arsène nous présente sa caverne d’Ali Baba, refuge des ultimes secrets du monde : « Ici, dans ce sanctuaire, tout est sacré. Rien que du choix, de l’essentiel, le meilleur du meilleur, de l’inappréciable » (on dirait déjà presque du Michel AUDIARD). Entre autres : « la tiare de Saïtapharnès, la véritable » (« c’est-à-dire la couronne du roi des rois ») et « la merveille des merveilles, l’œuvre suprême, la pensée d’un dieu » : « la Joconde de VINCI, la véritable ». C’est assez dire, ponctue Ferté, que la grotte de l’aiguille et son suprême trésor mènent à « l’essence des choses au sens platonicien, leur Idée [leur principe et leur origine] et c’est inappréciable car le sacré est infini et donc hors de prix ». Il en est de même pour la vérité. (Et « la vérité vous rendra libres »…) Manière de dire que le « trésor » de Rennes-le-Château, sous quelque forme qu’il soit (tombeaux, reliques, documents, appareils de technologie inconnue, etc.), est bien à vocation initiatique et à caractère transcendantal. La « pensée d’un Dieu » : ne s’agit-il pas de réaliser la parole des Psaumes reprise par Jésus-Christ et disant que « Vous êtes des dieux » ? 

L’un des nœuds du mystère de Rennes-le-Château comme de toute l’histoire occidentale, c’est l’Atlantide. L’enjeu est le même : en finir avec les mensonges et les conflits fondateurs de notre histoire. Car « l’existence de l’Atlantide, avait bien noté Louis CHARPENTIER, met en jeu la véracité du livre de la Genèse et de sa datation ». Et « mettre en doute la Genèse », c’est mettre par terre tout l’édifice social et religieux qui a été bâti sur ces mensonges initiaux quant à notre origine et notre histoire réelles. Car il n’est pas utile d’excaver l’Arche d’Alliance ou de violer le tombeau de Marie-Madeleine : il suffit de savoir que la civilisation européenne vient d’Occident et non d’Orient. 

Or il se trouve que les sanctuaires pyrénéens sont d’origine atlante, du moins d’après le médium américain Edgar CAYCE qui a cité, en 1936, « les Pyrénées, où les Atlantes s’étaient déjà établis [avant la chute de l’Atlantide] et avaient construit des temples » — temples que connurent et fréquentèrent les Gaulois, ainsi que les Wisigoths par la suite, et enfin les initiés cathares ainsi que templiers. Voilà du moins qui suffit à situer l’enjeu qui s’est depuis cristallisé sur Rennes-le-Château : la filiation atlante s’étend jusqu’à nous et concerne tous les peuples européens — puisque Hercule/HERACLÈS, l’archétype du héros « sans peur et sans reproche » combattant pour dissiper les ténèbres et faire advenir la lumière (modèle du chevalier courtois de la Fin’Amor occitane), non seulement était Atlante mais passe pour l’ancêtre fondateur de la nation celtique. Pour les auteurs grecs en effet, Héraclès, en Gaule, fut le père de KELTOS et GALATOS, fondateurs de la nation gauloise : « Dans la mythologie grecque, les Gaulois sont les sujets de GALATÈS, fils d’Héraclès » (J.-F. LACOMBE d’HERBEYS, Étude sur les origines celtiques de Jésus le Galiléen, 2015). Un nom de Galatès dont la dérivation se retrouve dans les noms de GAULE, GALLES, GALATIE, GALICE et GALICIE, ainsi que GALILÉE, soit autant de lieux où lui et les siens ont vécu. Pour l’abbé Boudet, « ce héros fameux prend une réelle consistance et revêt le caractère de la vérité, dès qu’il personnifie la nation celtique et la migration de ce peuple vers les contrées occidentales de l’Europe » (p. 214 de La VLC).

De son côté, Guénon en termine avec les pierres de foudre en remarquant que « les Gaulois avaient d’ailleurs un Dieu au maillet [donc un dieu porteur et lanceur de foudre], qui figure sur un autel retrouvé à MAYENCE [où l’on peut noter en passant que pour Guénon, Mayence était une ville gauloise…] ; il semble même que ce soit le DIS PATER, dont le nom est bien proche de celui de ZEUS PATER, que les Druides, aux dires de CÉSAR, donnaient pour père à la race gauloise ». Ce nom est bien proche aussi de DYAUS PITAR, également nommé SHIVA (dans la tradition hindoue) et qui a pour parèdre Shakti, laquelle est appelée Shekinah dans la tradition hébraïque. Cette précision se complète chez Camille JULLIAN qui rebondit lui aussi sur le propos de César disant qu’il y avait, « dans la mythologie druidique, un Dis Pater, dieu souterrain, père de la race celtique » : « je ne suis pas certain que ce Dis Pater n’ait pas été tout d’abord le même dieu que TEUTATÈS, c’est-à-dire le dieu national des Gaulois, issu de la Terre, et à son tour, créateur, législateur et souverain », ajoutant que Toutatis a pu être « interprété en Saturne, lui aussi à la fois un dieu de la terre et des bonnes lois, aussi bien qu’en Mars, en Mercure et en Hercule » (« Remarques sur la plus ancienne religion gauloise », Revue des études anciennes, 1904). Pour Henri d’ARBOIS de JUBAINVILLE enfin, le Dis Pater cité par César représentait à lui seul la triade gauloise ÉSUS, TEUTATÈS et TARANIS (couvrant donc l’ensemble des tendances et qualités yang, masculines), triade équivalente à celle de HORUS, THOT et SETH en Égypte.

Guénon signale aussi le « personnage énigmatique » figurant sur d’anciennes monnaies gauloises, qui a un « bâton augural » dans une main et un marteau frappant une enclume dans l’autre, et qui a du coup été appelé le « pontife forgeron » (image de gauche). Ce qui traduit l’importance que la métallurgie a eu pour les Gaulois — eux qui furent les frappeurs et les ciseleurs de métal les plus raffinés et renommés de leur époque — au point de faire figurer un forgeron sur leurs pièces de monnaie. Était-il l’un de ces Nephilim (les « Veilleurs » de la Bible, Nungal et Shemsu) qui formaient l’entourage et la garde rapprochée d’EnkiOsiris et qui avaient pris pour femmes « les filles des hommes » ? C’est qu’il importe quand même de rappeler une évidence : Enki-Osiris — qui semble avoir été « avatarisé » au fil des époques et selon les contextes en archange Metatron, en archange Mickaël et en LUCIFER — n’est nul autre que le père fondateur de la civilisation humaine, modèle du dieu solaire, bienveillant et bienfaiteur, salué comme tel par les mythes et les traditions du monde entier. Anton Parks l’a bien souligné : « Les textes fondateurs mésopotamiens et égyptiens stipulent qu’il passa sa très longue vie [puisque Osiris a été tué avant de devenir Horus] à se consacrer à libérer l’espèce humaine de la peur et de l’emprise des dieux. […] Certains des siens qui lui étaient restés fidèles [les « Veilleurs », Nungal et Shemsu] s’unirent alors aux humaines, engendrant ainsi les héros et les géants de nos légendes. Et c’est depuis ce temps-là que le sang des dieux coule dans le corps des hommes… » Ce fut, depuis lors, le critère de la souveraineté royale et du pouvoir temporel : les rois des cités-États de Mésopotamie, par exemple, « avaient le sang royal des dieux sumériens dans les veines », d’où leur venait la légitimité à régner. (La même chose sera perpétuée, bien plus tard, avec les Goths.)

Les Cabires : Metal rules

Dans le fameux Livre d’ENOCH, Enki-Osiris est appelé AZAZEL et présenté (résume Anton Parks) comme « un ange qui descendit corrompre l’humanité en lui apportant l’usage du métal avant d’envoyer ses veilleurs luxurieux qui se sont unis aux filles des hommes et ont engendré une race d’hommes célèbres, faite de héros ou de géants » (qui ont mis un tel bordel sur Terre que Dieu dut envoyer le Déluge pour les calmer…). Ils sont les Nephilim de la Bible, et « ce nom est à rapprocher du mot égyptien Nefel ou Nefer (enfant, semence, très grand, bon), ce qui nous renvoie au terme hébreu Nephel ou Nephil, traduit par Géant » : les Nephilim sont donc « les enfants issus des dieux et des femmes humaines ». Dans la troupe d’Enki-Osiris, il y avait des forgerons (réputés pour « fabriquer des armes » et « manier le fer »), « ce qui confirme leur lien avec les anges veilleurs de la Bible » : « Enki et ses Veilleurs initièrent le genre humain à la métallurgie ». 

Cela confirme aussi leur lien avec la tradition hermétique et alchimique, car dans la métallurgie comme dans l’alchimie, la maîtrise du feu est l’un des critères essentiels du succès — ce qui nous renvoie évidemment à la foudre. Quant à la métallurgie, elle renvoie aux personnages qui… fabriquaient la foudre : les CABIRES, qui eurent leur centre de Mystères à Samothrace, et dont le nom dérive de la sephira Gebourah (racine KBR-GBR), qui a donné Gibbor (« puissant », « héros »), l’épithète de NEMROD, lui-même descendant de CAÏN (et rescapé du Déluge) — puisque « certains font de Nimrod un des caïnites qui auraient échappé au cataclysme diluvien » (comme l’a noté Guénon dans son texte sur Sheth de 1931). Or, dans un texte méconnu de 1936 sur les trois montagnes du THABOR, de la MORIAH et du SINAÏ, Guénon remarquait, « à propos du Sinaï […], que cette région fut, à une époque très reculée, le siège de Mystères en rapport avec l’art des métallurgistes, c’est-à-dire de Mystères cabiriques ; ces métallurgistes étaient des Kénites, noms que certains lisent Caïnites et ceci, de toute façon, a une relation étroite avec le symbolisme de TUBALCAÏN ». Se signale ici, à tout le moins, le lien entre Caïn, Nemrod, la métallurgie et… la montagne. 

Après le génocide occitan perpétré par les catholiques, les sanctuaires pyrénéens furent gérés (c’est-à-dire maintenus en activité) au fil du temps, par des individus qualifiés pour le faire (comme Adolphe GARRIGOU, qui montra les grottes cathares du SABARTHÈS à Antonin GADAL), appartenant ou non à des courants ou des réseaux plus ou moins issus ou héritiers de la Fede Santa, de la Massenie du Saint-Graal et de la Rose+Croix, réseaux qui, de leur côté, fournirent à Jules Verne et à Maurice Leblanc (entre autres écrivains et artistes, de Nicolas POUSSIN et NOSTRADAMUS à Eugène DELACROIX et Victor HUGO) les indications savamment distillées dans leurs œuvres respectives pour aboutir, toujours, à la même conclusion : la présence dans les Corbières d’un ensemble de reliques à vocation transcendantale et à dimension eschatologique.

Or tant que l’accès à de tels dépôts nous est fermé — car il semble ici que s’applique l’adage invitant à ne pas « donner des perles aux pourceaux », et il s’avère au surplus que certains dépôts se protègent eux-mêmes — il ne reste qu’à se demander à quoi cette conclusion peut bien servir. Nous avons vu qu’elle a surtout servi, pour l’instant, à des forces occultes qui sont passées aussi bien par le nazisme que par le new age (et par Rennes-le-Château) pour faire avancer leur projet antéchristique et grand-monarquien mondialiste et totalitaire. Or il y a quand même autre chose à en faire. Car il semble évident que de passer outre certaines limites — comme de profaner un sanctuaire — ne peut conduire en dernière instance qu’à la mort (non sans d’éventuelles atteintes physiques en guise de sommations préalables, car il semble que l’on ait quand même à faire à des gens qui savent se tenir…). C’est sans doute là le principal message du « petit parchemin » : « A Dagobert II roi et à Sion est ce trésor et il est la mort ». Un chercheur, qui avait localisé l’accès d’un dépôt funéraire, a consulté une médium avant d’aller voir sur place : « N’y allez pas, a-t-elle répondu : danger de mort ». On ne triche pas avec l’Esprit, et la littérature médiévale nous a édifiés depuis longtemps à cet égard : le Graal échoit à PERCEVAL parce qu’il a l’ « esprit simple » et le « cœur pur ». (« Soyez comme des petits enfants » et « aux innocents les mains pleines ».) Il va donc sans dire que l’accès à l’Agartha (de même qu’au « saint des saints » de n’importe quel centre spirituel) répond à des critères relevant davantage de l’amour inconditionnel et de l’esprit de service universel que de la quête de puissance et de reconnaissance. Enfin il y a fort à penser que tout cela relève aussi d’échéances cosmiques inaccessibles à notre libre-arbitre.

Reste, en attendant, à prendre cette conclusion au sérieux — et avec toute la bonne foi possible — car cela suffit à enclencher dans l’âme et dans l’esprit un processus spontané de vérification (c’est-à-dire que la prise en compte intègre et radicale d’une hypothèse conduit nécessairement à sa validation ou à son invalidation) ; il apparaît alors assez vite pourquoi ces dépôts nous demeurent interdits. Reste enfin à se hausser à la hauteur de l’enjeu. Car cette conclusion s’accrédite et se conforte par la présence à Bugarach et alentours des pierres de foudre, et si les dépôts souterrains nous sont hors d’accès, ces pierres, elles, sont là, et n’attendent elles aussi que d’être prises en compte, prises au sérieux et mises en œuvre.

Il s’avère en effet que les vertus bénéfiques des pierres de foudre sont réelles, effectives, opératives et vérifiables. Tout se passe comme si une « influence spirituelle » résidait dedans, et qu’elle pouvait se solliciter pour être mise en œuvre. À quelle fin ? Les auteurs antiques nous parlent d’oracles, de protection face aux coups du sort, de bénédiction ; pour Guénon, elles donnent le pouvoir de prophétie, ce qui est pareil que de rendre un oracle (oraculum : « parole d’un Dieu »). Mais encore… ? Être prophète ne consiste pas à pérorer sur l’avenir — la Tradition proscrit la divination et la prédiction, qui ne sont qu’enfantillages pour mystiques et occultistes — mais à savoir lire et dire les volontés du Ciel : un prophète est quelqu’un d’inspiré, au sens fort et rigoureux (un médium ou un « canal », comme il se dit de nos jours). Les pierres de foudre servent à cela. Le feu céleste qu’elles contiennent est vecteur de purification, de rectification, de guérison — de Justice et de Paix. Là réside l’essentiel de leur fonction et de la vertu bénéfique et « prophétique » qui leur est attribuée, car si la qualité prophétique consiste à « dire » et « interpréter » la volonté du Ciel, une telle aptitude — qui n’a rien à voir avec la divination ou la prédiction (banale étant la confusion entre prophète et devin) — ne s’acquiert en effet que par une purification et une rectification suffisantes. Autrement dit, et jusqu’à un certain point, les pierres de foudre sont à la fois comme le moyen et la fin, c’est-à-dire qu’elles recèlent en elles-mêmes ce qui peut permettre une prise de contact spirituel et une mise en communication spirituelle effectives. 

Cela rejoint les développements que Jean Robin a tirés de l’œuvre de Guénon pour les appliquer au mystère de Rennes-le-Château. Il en arrive à situer dans le Razès l’équivalent de Luz, l’endroit où Dieu est apparu à Jacob et qu’il a donc nommé Beith-El — « la cité biblique de Luz (Genèse, XXVIII, 19), à laquelle on accède par un souterrain, et où l’Ange de la Mort ne peut pénétrer ». La profusion des pierres de foudre en Razès va évidemment dans ce sens, ainsi que la phrase « Terribilis est locus iste » inscrite par Saunière au fronton de son église.

Dans la tradition hébraïque le luz est le « germe (ou noyau) d’immortalité » : c’est la « pierre cachée » de la tradition hermétique, l’occultum lapidem du VITRIOLUM. La Genèse en fait un territoire, mais pour la Kabbale il se localise aussi dans le corps humain. En prenant le territoire de la FRANCE comme cadre, et d’après le symbolisme axial du méridien zéro comme figuration de la colonne vertébrale, il est logique en effet de le situer tout en bas, en Razès.

Notons alors, avant d’y revenir, que dans le corps humain, le luz se situe au niveau du sacrum et du chakra « racine », à la base de la colonne vertébrale, siège de KUNDALINI — qui est elle-même l’expression physique et physiologique de la SHAKTI et de la SHEKINAH — et quand elle s’éveille, elle se déploie en mode vertical et ascendant : comme un axe relié au pôle. Même symbolisme que la foudre, l’épée ou la hache, les menhirs et les bétyles.

La légende du « Bois de la Croix » montre que les premiers chrétiens connurent cela. « Après qu’Adam eut été enterré avec la couronne sur la tête, de la couronne poussa un arbre, haut et merveilleux, dont le tronc se divisa en trois grandes branches. Celles-ci se réunirent, pour se séparer et s’unir à nouveau, et ainsi de suite jusqu’à sept fois. C’est avec le bois de cet arbre qu’on fit la croix sur laquelle le Sauveur fut crucifié. » Se retrouvent là, constate Guénon, un « arbre mystérieux [et] essentiellement axial », « les trois nadis principales [Ida, Pingala et Sushumna] et les sept chakras de la tradition hindoue ». 

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La Shekinah est-elle donc dans les pierres de foudre ? Dans le CANTIQUE des CANTIQUES, elle est appelée « Ma colombe nichée au creux du rocher ». Puisque, d’une part, « les vrais symboles sont toujours matériellement fixés » (Louis Charpentier), que d’autre part les pierres de foudre sont des bétyles, et qu’enfin la Kabbale considère les bétyles comme réceptacles de la Shekinah, alors oui, celle-ci réside bien dans les pierres de foudre. L’abondance de ces pierres sur le mont Bugarach atteste au moins que vécurent et s’affrontèrent, à cet endroit, les personnages de nos mythes — que la littérature et le cinéma de science-fiction et d’heroic fantasy ont recyclés : les dieux et déesses, géants et titans, héros et demi-dieux — à une époque où s’est joué le destin de la nôtre, avant et après la chute de l’Atlantide (il y a dix à douze mille ans), événement qui a déterminé la suite de notre histoire et auquel il est donc bon de se relier si l’on veut acquérir un semblant de maîtrise sur celle-ci, qui plus est à l’époque charnière et cruciale que nous vivons aujourd’hui, l’Apocalypse, lors de laquelle cette histoire s’achève pour qu’une autre puisse commencer.

La Shekinah, comme la Shakti et l’Esprit, exprime le Yin universel. Au plus haut niveau (si l’on ose dire) Shekinah est SOPHIA : l’Intelligence universelle, la BUDDHI hindoue et le LOGOS chrétien : Bernard de CLAIRVAUX appelait Notre-Dame « l’Épouse du Verbe », en écho à la Shakti-Shekinah dans sa plus haute acception de « Volonté divine » et d’ « Activité divine ». Et au plus bas niveau (si l’on ose dire aussi), Shekinah est LILITH, c’est-à-dire la rebelle et la révoltée, guerrière et justicière. L’aspect noir et dévastateur de Shekinah, de la Shakti et de Notre-Dame : la Vengeance de Nemesis, expression de la Rigueur et de la Justice divines.

Au pôle masculin de la Divinité, la dimension maléfique — l’esprit rageur, vengeur et destructeur — est incarnée par SETH (Sheth ou Set) (Enlil), le frère ennemi de OSIRIS/HORUS (Enki). C’est l’aspect ténébreux du Yang universel, cette fois, dont Metatron/Mickaël/Jésus-Christ est l’aspect lumineux (dualité qui fut incarnée — au sens propre — il y a quelques millénaires par Seth et Horus). Et puisque Seth était le dieu à tête d’âne, cet aspect masculin maléfique se trouva ensuite, précise Guénon, avec « le rôle joué par l’âne dans la tradition évangélique » : « le bœuf et l’âne, placés de part et d’autre de la crèche à la naissance du Christ, symbolisent respectivement l’ensemble des forces bénéfiques et celui des forces maléfiques ; ils se retrouvent d’ailleurs, à la crucifixion, sous la forme du bon et du mauvais larron. D’autre part, le Christ monté sur un âne, à son entrée à Jérusalem, représente le triomphe sur les forces maléfiques, triomphe dont la réalisation constitue proprement la Rédemption », laquelle consiste en la maîtrise et l’intégration des forces « ténébreuses », c’est-à-dire émotionnelles et passionnelles, incarnées par l’âne. Il est alors logique de voir, comme le signale encore Guénon, que « dans l’INDE, l’âne est la monture symbolique de MUDÊVÎ, aspect infernal de la Shakti » — ce qui recouvre le même symbolisme que pour le dragon et le serpent, comme on va le voir.

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Dans le corps humain la Shakti/Shekinah est KUNDALINÎ, mot sanscrit du genre féminin et signifiant « enroulée en forme d’anneau ou de spirale » : c’est le serpent du caducée d’Hermès. Dans la tradition hindoue, Kundalini est une force latente et endormie, située au niveau de Mudalachakra (le centre subtil racine) et du sacrum, et qui est à éveiller (c’est l’objet des techniques du Hatha-Yoga) pour qu’elle s’élève et monte au long des six centres subtils (par les trois canaux Ida, Pingala et Sushumna) jusqu’au septième, le coronal, ce qui actualise alors un stade initiatique équivalent de l’entrée à l’oeuvre au rouge hermétique. D’après Guénon, le Luz est situé « vers l’extrémité de la colonne vertébrale » parce que Kundalini se trouve « dans une région de l’organisme subtil correspondant précisément aussi à l’extrémité inférieure de la colonne vertébrale ». Ensuite, « lorsque Kundalini est éveillée […] elle pénètre à l’intérieur de Sushumna et au cours de son ascension, perce successivement les différents lotus, qui s’épanouissent à son passage ». (Guénon précise que les centres Anahata et Ajna sont les deux « principaux nœuds vitaux dont la traversée constitue les points critiques dans le processus de Kundalini-Yoga ».) Enfin, l’arrivée de Kundalini au troisième œil (Ajna) marque la restitution de l’ « état primordial », quand l’individu recouvre le « sens de l’éternité » (les Petits Mystères), et son arrivée au coronal, point de contact de Sushumna (l’artère coronale) avec le « rayon solaire », marque « la conquête effective des états supérieurs de l’être » (les Grands Mystères). 

Shekinah a un parèdre masculin qui n’est autre que l’archange Metatron. Il est alors étonnant de voir Guénon nous expliquer que l’archange Metatron peut s’identifier à l’archange Mickaël ainsi qu’à… Jésus-Christ, avec pour principal argument « le rapport qui existe entre le Messie et la Shekinah », ce qui nous fait une belle jambe, mais qui peut néanmoins renvoyer à l’idée que Shekinah est l’un des noms de Notre-Dame et qu’il s’agit donc aussi d’un être réel, en l’occurrence de Isis et/ou de Nephtys (respectivement NINMAHNINKHARSAG et INANNAISHTAR en sumérien), tandis que l’archange Metraton-Mickaël n’est autre que Enki-Osiris-Horus qui est également le père de Jésus-Christ, dont la mère est justement Marie la Vierge (soit Isis), et l’épouse, Marie la Madeleine (donc Nephtys) ! Voilà du moins, en très condensé, comment peut s’appréhender la question du « sang réal » autrement que comme elle a été cuisinée à la sauce plantardaise alourdie de guimauve new age. Cette hypothèse avance que les personnages humains de l’Évangile sont les descendants des personnages divins de l’Égypte : Marie la Vierge descend de Isis, Marie la Madeleine (ainsi que sa soeur MARTHE) descend de Nephtys et Jésus-Christ descend de Horus. (Même chose avec les Goths, du reste, chez qui l’ancêtre de la lignée dynastique était WOTAN.) Ainsi peut s’expliquer l’idée de descendance divine ou extraterrestre qui s’est bien vite attachée au mystère de Rennes-le-Château (La Race fabuleuse, 1973). Ainsi peut s’expliquer aussi la filiation voire l’identification que Guénon propose entre Metatron, Mickaël et Jésus-Christ en la justifiant par « le rapport qui existe entre le Messie et la Shekinah », puisque c’est la Shekinah qui confère l’onction et l’initiation tant royales que sacerdotales, c’est-à-dire la déesse qui sacre et consacre le roi et le prêtre (sans Shekinah, pas de roi). En Égypte et à Sumer, deux mille ans avant Jésus-Christ, les prêtresses hiérophantes tenaient ce rôle au nom de la Déesse, quand Celle-ci ne le faisait pas Elle-même, comme INANNA avec SARGON, le premier roi d’Akkad (dont l’histoire a d’ailleurs servi de modèle à celle de MOÏSE). Cela explique pourquoi, dans l’Évangile, Madeleine répand (à deux reprises) une huile sainte sur Jésus-Christ (sur la tête et sur les pieds). Cela traduit la perpétuation, attestée chez les gnostiques et les premiers chrétiens, de rites hiérogamiques beaucoup plus anciens, que les premières cités-États de Mésopotamie elles-mêmes avaient pris aux anciennes communautés matristiques du Néolithique — rites qui associaient (comme le soutient à juste titre Vicky NOBLE dans La Femme Shakti) sexualité et spiritualité, à vocation de guérison et d’initiation, et qui ont été notamment recyclés par la suite et incorporés dans le TANTRA hindou. Il est alors intéressant de noter que la racine hébraïque qui a donné « bénédiction » (BRK, beraka) a aussi donné le mot « genou », et « pas tant pour exprimer la génuflexion de celui qui est béni que pour exprimer la sexualité (par euphémisme, afin d’atténuer la désignation de la chose) » (Gianfranco RAVASI, cité par Mauro BIGLINO, La Bible comme vous ne l’avez jamais lue, 2014, p. 138).

Revenons (pour en finir avec) à l’idée que l’Archange Metatron/Mickaël et la Shekinah/Notre-Dame sont aussi des êtres réels faits de chair et d’os. Bien que suprahumains et « multidimensionnels » au sens qu’ils excèdent et transcendent notre existence à trois dimensions, leur essence et toutes leurs tendances sont en nous, coulent en nous et s’écoulent de nous puisque nous sommes faits à leur image et ressemblance. (Mauro BIGLINO, dans Le Dieu de la Bible vient des étoiles, soutient l’hypothèse que « l’homme est le fruit d’une hybridation génétique [qui] a été effectuée par des individus physiologiquement similaires à nous, mais dotés de connaissances et de technologies incomparablement supérieures ».) Il s’ensuit la proposition suivante : si la dimension généalogique (« sang réal », « desposynes » et « descendance cachée ») recouvre une réalité génétique et génésique, alors il y a ici un aspect profane et vulgaire (de filiation biologique) à dépasser par le sens éthique et gnostique de la Parole des Psaumes répétée par Jésus-Christ : « vous êtes des Elohim ». 

À titre gnostique, si la Shekinah manifeste le Yin cosmique, c’est (surtout) pour affirmer son aspect sombre et ténébreux : le caractère guerrier, violent et destructeur du Yin cosmique, dans sa fonction de Justice et de Rigueur, qui précède et permet la Miséricorde et la Paix. C’est, comme Jean Robin l’a bien vu, « une spécification de la fonction du Principe féminin, dont l’accentuation de l’aspect guerrier — puisqu’il faut protéger ledit centre — évoque bien sûr l’image de la Vierge forte comme une armée rangée en bataille. Nulle contradiction, donc, avec la royauté que Marie exerce traditionnellement sur la France, et que Louis XIII avait en quelque sorte officialisée [en consacrant la France à Notre-Dame en 1638] ». Royauté naturellement guerrière, comme Jeanne d’ARC l’a bien montré, et destructrice éventuellement, comme l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris l’a bien montré aussi. Manière de dire que Notre Dame veille sur la France depuis toujours — et que les traîtres à Sa cause ne seront pas oubliés, puisque si les péchés contre le Père sont remis, « le péché contre l’Esprit est le seul qui ne sera pas pardonné ». C’est donc bien cette force, Sa force, la Shekinah, le Yin cosmique dans sa tendance guerrière et justicière, qui veille et monte une garde aussi subtile que redoutable (« Terribilis est locus iste »), tapie, sertie, enfouie et enchâssée dans les roches et les rivières (« nichée dans le creux des rochers »), sur les pourtours du mont Bugarach — « puisqu’il faut protéger ledit centre », comme dit Jean Robin — même si, en toute rigueur et en règle générale, un centre spirituel est protégé par la nature même des influences dont il est le réceptacle. 

La Shekinah manifeste « le principe féminin, qui exerce cette puissance rédemptrice » (celle qui permet à Jésus-Christ d’entrer à Jérusalem monté sur un âne, par exemple). La foudre, en revanche, qui manifeste l’idée de paternité divine (l’action fécondatrice du Ciel sur la Terre), est à polarité Yang : comme si le feu n’était que le véhicule apparent et formel d’une information subtile et fondamentale — le feu étant Yang mais ce qu’il brûle et ce qui l’anime étant Yin.

L’amour est donc la plus évidente manifestation de la Shekinah : à commencer par l’amour émotionnel, pulsionnel et sexuel, qui débouche bien vite en rage de se battre. « Tout ce qui est guerrier est d’essence féminine » (Ch. & G.) et par extension, l’ardeur guerrière et l’ardeur sexuelle sont traditionnellement associées au caractère Yin des Kshatriyas, par rapport au caractère Yang des Brahmanes. Dans toute organisation guerrière ou chevaleresque, rappelle Guénon, l’émotivité était prédominante, de même que la référence à l’aspect féminin de la Divinité (ESCLARMONDE chez les chevaliers occitans et Notre-Dame chez les Templiers, sans oublier la discrète MÉLUSINE pour l’aspect ensorceleur et destructeur). Dans la tradition celtique, par exemple, le guerrier au combat entre dans une transe et une démesure, l’état de berseker, analogue à l’ivresse amoureuse : « chaleur guerrière » et « excitation sexuelle » ont le même nom (lâth) et « c’est la raison pour laquelle les champions des Celtes combattaient nus ». 

Autre indice, autre empreinte de la féminité cultuelle et transcendantale de Shekinah : dans les secteurs à pierres de foudre, les roches et les arbres sont couverts de mousse, comme Henri Boudet l’avait d’ailleurs signalé (en disant que « les pierres polies trouvées en abondance dans le cromleck de Rennes-les-Bains […] présentent un tranchant toujours émoussé » : souligner ainsi « toujours émoussé » peut signifier que les pierres de foudre se trouvent toujours en des lieux fort moussus.) Cela dénote un héritage cultuel féminin, car le nom de la mousse dérive de mulsa, qui désignait… l’hydromel, mulsa dérivant de mel, le miel, qui a aussi donné Melissa : or les MÉLISSAÏ étaient les prêtresses de la Déesse, membres d’un corps sacerdotal féminin dédié à Déméter et Artémis, dans le cadre des Mystères d’Éleusis. Ce n’est donc pas à dire que partout où pousse de la mousse une prêtresse antique a jadis agi et officié (encore que…) mais que là où la mousse est spécialement dense et profuse, là put exister naguère un sanctuaire dédié — sous quelque manière que ce fût — à la Déesse et à ses mystères (ce qu’on appelle un lieu de culte marial et que l’on peut aussi bien appeler « magdalénien »). Et peu importe, à propos de Déesse, qu’il s’agisse d’Isis (Déméter) ou de Nephtys (Artémis) — la première étant appelée Marie la Vierge et la seconde Marie la Madeleine —, chacune des deux ayant les attributs de l’autre et leur différence confluant à la même vérité transcendantale : le Yin universel, agent d’une Justice et d’une Paix tout aussi universelles.

C’est aussi, à sa manière, la conclusion à laquelle arrive Jean Robin au terme de sa somme sur Le Royaume du Graal qui brosse un excellent tableau du contexte profond et des enjeux réels cristallisés en Razès : s’il y a bien un enseignement à tirer du mystère de Rennes-le-Château, il est davantage à chercher du côté des apparitions mariales de LOURDES (en 1858) et de PONTMAIN (le 17 janvier 1871) que du salmigondis new age répandu à grands coups de plantardises et de dan-browneries au service d’on ne sait trop quelle arnaque à visée mondialiste. De Lourdes à Rennes-le-Château, et de La SALETTE à Bugarach, c’est Notre-Dame qui tient les rênes : et si l’Esprit est bien de retour, sous la forme des vents de plasma solaires comme des convulsions géoclimatiques terrestres, alors c’est pour que soient reconnues et rétablies l’autorité et la souveraineté qui ont été déniées aux femmes par le patriarcat il y a cinq ou six millénaires. De fait, et comme cela « n’est jamais mis en lumière dans les livres d’histoire et dont il est rarement question dans les interprétations des archéologues », remarque bien Vicky NOBLE, « ce qui fut détruit [il y a cinq à six mille ans] était centré sur le féminin et meilleur — et a été remplacé par quelque chose à domination masculine et pire » (La Femme Shakti. Le nouveau chamanisme féminin, Trédaniel 2012 [1991], p. 342). Or il n’est pas nécessaire, comme l’ajoute enfin Vicky Noble, d’être grand clerc pour voir que « l’harmonie avec la nature est préférable à notre destruction massive actuelle ». Ce n’est pas pour rien si ASMODÉE a un genou en terre.

« Au cap des sept cents ans, le laurier reverdira », ont prophétisé les cathares. Coïncidence ? C’est sur le mont Bugarach que leurs derniers prêtres furent ordonnés. Et ordonnés par Qui… ?

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