Les œuvres de l’esprit

Editions du Laurier

Guénon, Abellio et la physique quantique

René Guénon a eu beau être le contemporain de la physique quantique — il a 41 ans quand Werner Heisenberg présente son principe d’incertitude (1927) et 49 ans quand Einstein s’énerve à cause du chat de Schrödinger (« paradoxe EPR », 1935) — il l’a ignorée mordicus en restant campé sur l’antique physique grecque et son principe suranné d’insécabilité de l’atome.

Posture guénonienne typique donc, dite « traditionnelle » mais bien surtout traditionaliste, c’est-à-dire rigide, figée, dogmatique et stérile — puisque la science moderne venait de faire voler en éclats ce principe d’insécabilité physique. Bien que celui-ci fût et restât une vérité à d’autres points de vue, il disparaissait en termes de physique. De là à dire que l’on touchait à la métaphysique, pour Guénon c’eût été au mieux un abus de langage et au pire une perversion « anti-traditionnelle » et « contre-initiatique » — et ainsi a-t-il préféré ignorer que la physique quantique eût pulvérisé le socle d’une de ses sacro-saintes « sciences traditionnelles ». C’est pourtant vrai : les niveaux d’énergie (et de réalité quantitative abstraite) atteints par la science moderne et les forces décrites en physique quantique relèvent, par analogie inverse, non seulement de la psychique (le « domaine subtil ») mais aussi de la métaphysique (le « domaine informel »)1.

L’atome n’est pas insécable : il recèle en revanche un vide qui est plénitude — de même que contre toute attente et en dépit de toute apparence le domaine physique relève du domaine métaphysique. L’Occident — ce « monde moderne » que Guénon détestait tant — au lieu de corrompre et profaner la Tradition l’a au contraire accomplie en révélant son message caché au fin fond des ténèbres de la matière : derrière la Multiplicité se trouve l’Unité — au fond du fond est un vide terminal qui est le plein initial (« la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie »). Le domaine de la plus forte densité s’avère celui de la plus totale vacuité. Vacuité qui se transmue en plénitude — épiphanie ou révélation qui nous fait en effet passer de la physique à la métaphysique. Dans La Fin de l’ésotérisme, Abellio rappelait que « les Tibétains énumèrent dix-huit sortes de vide, et notamment le vide du vide, ce qui, en bonne dialectique, ne peut que signifier l’intensification du vide jusqu’à sa négation qui est le plein, mais un plein doué de transparence parfaite. »

L’événement est considérable. La vérité traditionnelle ainsi révélée (à son corps défendant et à rebours) par la science moderne — c’est-à-dire l’unité essentielle entre le physique, le psychique et le métaphysique, au-delà de toute solution de continuité quantitative — est une hypothèse qui comme telle peut (et doit) se vérifier. Guénon ne l’a pas fait : ce n’était pas le temps ni l’urgence pour lui.

De l’observation (en rapport) à la participation (en proportion)

vers la compréhension (en intensification)

Raymond Abellio se chargera d’en tirer les implications. À commencer par le constat crucial et fondamental de cette « interdépendance universelle » ainsi mise en évidence par la physique quantique : et le mot même d’ « universelle » désigne une qualité qui relève en effet de la métaphysique. Comme l’a noté Fritjof CAPRA (Le Tao de la Physique), « la théorie des quanta implique une interdépendance fondamentale de tous les faits de la nature », « une interdépendance essentielle et universelle ». « La théorie quantique a aboli la notion d’objets séparés et introduit la notion de participant pour remplacer celle d’observateur : il est désormais nécessaire d’inclure la conscience humaine dans sa description du monde »2. Abellio ne s’y est pas trompé — et ce n’est en toute rigueur que l’exact et nécessaire corrélat scientifique de la révolution épistémologique accomplie, en philosophie cette fois (et dans les mêmes années), par la phénoménologie transcendantale de Edmund HUSSERL : « nous voici alors parvenus au point où l’on ne peut séparer la théorie du théoricien » — lequel devient dès lors praticien. (Toute démarche de recherche ou de philosophie authentique et sérieuse est aussi une praxis3.) Qu’il le veuille ou non, le chercheur est impliqué dans sa recherche : autant s’y faire. Il appartient aux scientifiques de reconnaître et d’assumer ce constat : le sujet fait partie de l’expérience au même titre que l’objet. A ce stade de l’involution de l’Occident, et face aux défis globaux et décisifs qui nous sollicitent aujourd’hui, la démarche scientifique (explicative) doit être intériorisée, expérimentée et intégrée à titre individuel et de manière intentionnelle. « Il n’existe plus de solution générale à ces problèmes, mais seulement des solutions vécues, personnelles et universelles comme l’Homme intérieur lui-même. »

La boucle est bouclée !

Dans son fameux essai A la recherche du réel (19794) le physicien Bernard d’ESPAGNAT rapporte cette édifiante anecdote : une discussion entre scientifiques sur ce qu’est la matière. D’abord un vieux chimiste répond : « la chose est simple. La matière demeure et la forme se perd. Voyez donc Lavoisier pour tout détail complémentaire. » Ensuite, « un physicien des particules élémentaires mentionna le défaut de masse, puis la découverte des antiparticules. Pour sauver l’idée de conservation, il proposa d’appeler  »matière » le nombre des baryons moins le nombre des anti-baryons (ou le tiers du nombre de quarks diminué de celui des antiquarks). Avant même qu’il n’ait défini ces termes, un de ses collègues intervint. Au nombre en question, celui-ci demandait qu’on ajoutât celui des leptons, diminué du nombre des anti-leptons. Ils se mirent d’accord tous les deux en reconnaissant que le choix entre ces formules — et entre d’autres similaires — était arbitraire. » C’est déjà pas mal — mais la chute est à la hauteur. « Et quelqu’un ayant dit :  »le nombre est donc Idée des choses », les deux compères s’éclipsèrent avec discrétion, craignant fort de passer pour des platoniciens ! » Ils auraient dû assumer : ils auraient eu raison ! Mais pour cela, disait Abellio, « il faut admettre que l’esprit est toujours originaire, que la  »matière » sort de l’esprit et non l’inverse »5.

Aujourd’hui seul Roger PENROSE, grand mathématicien et physicien anglais, ose aller jusque-là. Le domaine infinitésimal de l’échelle de Planck — c’est-à-dire le « point zéro » : le fameux « vide quantique » — relève du domaine informel et spirituel des Idées platoniciennes, c’est-à-dire des principes métaphysiques. « Affirmation considérable », constatait Abellio, avant de rectifier aussitôt : « les êtres qui apparaissent dans les hautes théories mathématiques actuelles sont-ils des Idées au sens platonicien ? Non. Ils en sont la rigoureuse inversion. Mais ce simple fait, en soi, est peut-être le plus grand des  »signes des temps ». »

Le physicien allemand Hans-Peter DÜRR, dans Quo Vadis Quantum Physics ?, précise : « En physique quantique il n’y a pas de  »choses », il n’y a en gros que de la connexion. Les éléments ne sont pas de véritables  »particules » ni des champs classiques, mais simplement des éléments de connexion que nous devrions appeler  »wirks » ou  »haps ».6 » En outre, et ainsi, «  »Wirklichkeit » (ou l’  »actionalité ») n’est plus la  »réalité » mais plutôt la  »potentialité », une capacité à se manifester soi-même ». Possibilité pure et infinie, intentionnalité, capacité d’auto-engendrement : le « vide quantique », domaine de Planck ou « point zéro », présente bien les mêmes qualités que le domaine métaphysique, informel et spirituel de la Tradition. « La question n’est donc plus : Qu’est-ce ?, mais : Qu’arrive-t-il ? Qu’est-il en train de se passer ? » Question d’ordre non plus scientifique mais ontologique et métaphysique. « Toute vie, rappelait Abellio, avant d’avoir un sens, est potentialité de sens ». Même chose en physique quantique : la réalité, avant d’être dans un certain sens, procède, résulte et provient d’une infinité de réalités différentes et de sens possibles.

« De même que le savant, poursuit Abellio, découvre l’essence une derrière l’existence multiple, mais en partant du bas, de même il invertit l’Idée platonicienne en mode analytique et non synthétique ». Le niveau quantitatif atteint par le calcul mathématique à l’échelle de Planck en arrive à prendre des allures de principe, ne serait-ce qu’en termes cosmologiques (où l’on voit se conjoindre le Fiat lux et le « big bang »). Cela implique aussi, poursuit Abellio, que « la haute théorie mathématique exprime aujourd’hui la plus grande aspiration vers la synthèse par le moyen de la plus grande différenciation analytique ». Le petit côté luciférien de la science moderne : s’enfoncer dans la répétition et la multiplicité sans fin en croyant trouver l’ultime et insécable unité de « matière »… La science moderne, disait Abellio, « n’aboutit à l’infiniment grand qu’en passant par l’infiniment petit » : elle ne trouve l’essence qu’en fractionnant et en éparpillant sans relâche l’existence. Toute notre dynamique psychique et notre vocation luciférienne se trouvent là condensées et résumées. L’Occident n’approche de la vérité que par la répétition sans cesse renouvelée (à tous les degrés qu’il est possible) de l’erreur ; il ne trouve la clarté que par l’expérience de la confusion ; il ne trouve la voie droite qu’en explorant toutes les déviations et circonvolutions, et il ne trouve la sortie qu’en se heurtant à toutes les impasses. Il découvre la réalité après avoir épuisé toute illusion. Il y a quelque chose de minutieux et de consciencieux dans l’expression scientifique et philosophique de cet élan luciférien qui s’en va porter la lumière au cœur des ténèbres et nous en révéler le sens.

Encore faut-il daigner le reconnaître, ce sens. Hans-Peter Dürr résume bien la question. « La tourmente (trouble) que nous rencontrons en physique quantique et les difficultés que nous avons encore à comprendre la plupart de ses caractéristiques, c’est-à-dire dans le cadre du Modèle standard, ont de bonnes chances de provenir de notre hésitation à prendre les principes quantiques vraiment au sérieux. » Il est temps, pour le coup, de les prendre au sérieux, et de réaliser aussi au passage l’étonnante équivalence (une analogie inversée) constatée par le calcul moderne entre les plus infimes états quantiques et les hautes Idées platoniciennes, les principes spirituels qui régissent le Cosmos !

Voilà une réalité que personne chez nous n’a intégrée ni reconnue et affirmée depuis que l’a fait Raymond Abellio — et dont les Anglo-saxons ont fait entre-temps l’une des bases du « New Age », c’est-à-dire de manière naïve, triviale, vulgaire et abusive. Cette mouvance illustre bien la positivité luciférienne qui anime aussi la religiosité occidentale moderne, quoique de manière compensatoire : le new age — à travers le courant du « mysticisme quantique » initié par le célèbre Tao de la physique de Fritjof Capra en 1975 — reprend tant bien que mal à son compte (et plutôt mal que bien) les conséquences épistémologiques et herméneutiques des principes d’incertitude et d’intrication que les scientifiques et les universitaires classiques persistent à ignorer. La tendance idéaliste et spiritualiste ainsi manifestée par le new age compense la tendance réaliste et matérialiste manifestée par la science officielle : le naïf et puéril enthousiasme du new age compense la frigide et sénile raideur des universitaires. Deux attitudes opposées qui traduisent de manière complémentaire la même stupéfaction devant « la prise de conscience d’une interdépendance essentielle et universelle » (Capra) mise en évidence par les physiciens au début du XXe siècle. Devant ce genre de bouleversante évidence, on a en effet le choix entre l’adhésion passionnelle et l’extrapolation abusive (côté New Age) et la politique de l’autruche (côté scientifique).

Dans les deux cas, l’aveuglement est le même, appliqué à deux aspects différents de la même réalité : dans le premier cas (infesté de cette mentalité d’enfant gâté typique des Anglo-saxons), on ferme les yeux sur les conditions drastiques à réunir pour intégrer ou actualiser le potentiel transcendant de la physique quantique, dans l’autre cas on s’aveugle en refusant — avec une hypocrisie qui dissimule mal une certaine panique — d’admettre la moindre des conséquences pourtant issues de la plus rigoureuse expérimentation pratique et matérielle.

Les scientifiques ont mis le paquet sur les conditions pratiques de leur expérimentation mais n’ont rien compris aux conséquences qui en résultèrent, tandis que le New Age se focalise sur ces conséquences en ignorant les conditions à réunir pour qu’elles lui donnent en effet les fruits qu’il en attend… Dans le premier cas on cherche un résultat matériel, l’unité insécable ultime de matière, dans le second on cherche un résultat spirituel, l’unité de l’être en entier (corps, âme, esprit) ; les résultats du premier cas confirment à leur corps défendant la démarche du second cas, de même que les résultats du second cas confirment malgré eux ceux du premier cas !… La symétrie inverse est totale entre l’approche stérile et périmée de la science académique et l’approche foutraque et infantile du new age. En outre les résultats des scientifiques comme des new age sont du même ordre : psychique, alors que leurs objectifs respectifs sont à l’opposée : matériel pour les premiers, spirituel pour les seconds.

En négatif, le New Age s’imagine que le principe d’intrication va permettre à tout le monde de réaliser ses vœux les plus chers. C’est aussi niais que de dire que la prière permet d’obtenir réponse à tout (discours sur la « pensée positive », la « loi d’attraction », la « cocréation » ou la « loi de l’intention »). En soi c’est vrai mais dans la réalité qui est la nôtre, ça ne marche pas sans que de draconiennes conditions soient remplies : et sur la nature de ces conditions — et l’art et la manière de les remplir — le new age est beaucoup plus discret (même Ken WILBER, son plus sérieux représentant, n’y parvient pas), ce qui ne lui permet pas de sortir de la comédie des vœux pieux et des vaines promesses.

Plus rares sont ceux qui — dans l’aspect positif du new age cette fois — réalisent aussitôt l’ampleur et l’intensité de la convergence ainsi accomplie entre science moderne et spiritualité traditionnelle. Il y a là en potentiel une « valeur de choc » et une « force de conversion » fondatrices et décisives — d’un point de vue non seulement philosophique et ontologique mais aussi métaphysique et initiatique. En effet « c’est par un maximum de  »descente » que devient corrélativement possible un maximum de  »montée » » (Abellio). Comment cela ? Par l’opération gnostique de « raison transcendantale » que nous résume Abellio : « la saisie des essences du bas au point de leur plus extrême réduction, mais intégrées et articulées dans une constellation supérieure d’une multivalence presque infinie [confinant à l’illumination unitive »7, c’est-à-dire une « inversion intensificatrice d’inversion » (qui est aussi le sens ultime de l’intuition).

*

L’épreuve à franchir est de taille : mettre en question critique ultime et transmuter les bases mêmes de la science (et de toute approche de la connaissance en règne générale). Ce n’est pas gagné : nous avons beau savoir, disait Fritjof Capra, que les postulats du physicien classique sont « inopérants au niveau atomique, cependant nous devons les utiliser pour décrire nos expériences et en décrire les résultats ». Impressionnante lourdeur du conformisme universitaire — qui est surtout un cruel manque de courage : ça ne marche pas et ça ne sert à rien mais on continue quand même8. Et Capra — pas démonté par cet aveu d’échec — d’enfoncer le clou : « il n’y a aucune façon d’échapper à ce paradoxe ». Si, il y en a une, mais il est vrai qu’elle peut s’avérer un trop peu trop radicale en termes de remise en cause individuelle. (Le seul problème étant que plus on attend, plus ça sera brutal.) On n’en finira pourtant pas autrement avec les erreurs et les incohérences de la mentalité occidentale : il n’est pas d’autre moyen de transmuter ce long cheminement involutif en brusque avènement évolutionnaire.

Transmuter la chute involutive en saut évolutif

Tout cela relève en effet de la mission ultime et suprême de l’Occident : mener à son terme la descente involutive de notre cycle de manifestation, y compris au prix de toutes les souffrances et les horreurs, les errances et les erreurs. C’est aussi nécessaire que légitime — jusques et y compris du point de vue traditionnel. C’est la vocation luciférienne de l’Occident (totalement ignorée par Guénon mais reconnue et assumée par Abellio) — et elle a même valeur initiatique pour l’Occident et les Occidentaux d’aujourd’hui. Abellio l’a bien expliqué — montrant combien Tradition et modernité se rejoignaient (et conférant du même coup sa légitimité au new age, ainsi que sa pleine valeur, avec vingt ans d’avance)9 : la « surabondance de la grâce » qui accompagne toute époque diluvienne désigne le phénomène eschatologique et cosmique actuel d’irradiation de la Lumière spirituelle (émanation fractale de l’Esprit par le point central de l’être dans sept plans : universel, galactique, système stellaire, planétaire, humain, cellulaire et atomique). Cet évènement correspond au déluge de feu (le « feu du ciel ») apocalyptique — et il a vocation à rappeler ou révéler à chacune et chacun de nous la vérité de qui nous sommes — afin de permettre à qui le veut de réaliser le « retour du Christ » (le Messie, le Mahdi, le Bouddha Maitreya, etc.). « Qu’est-ce que la venue du Christ ? C’est l’apparition en chaque homme de l’Homme intérieur 10 » — c’est-à-dire « l’émergence, en toute conscience présente à soi, du Je et du Nous transcendantaux promis à tout homme 11 ». Si Guénon l’a ignoré (c’était trop tôt pour lui), Abellio l’a compris et nous l’a transmis : l’avènement du Fils de l’Homme — qu’on l’appelle « seconde naissance », « éveil » ou « saut de conscience » — est ici et maintenant à réaliser par qui le veut. Bienvenue dans l’Apocalypse — bienvenue dans un autre monde.

1 Accomplir cette inversion analogique, cela revient à appliquer la « théorie des degrés de l’être » (Abellio) — qui n’est autre que la doctrine des « états multiples de l’être » chez Guénon. Degrés ou états indéfiniment variés entre le niveau physique et le niveau spirituel. Le mot « insécabilité » par exemple voulait reconnaître une qualité métaphysique — l’unicité et l’indivisibilité absolues — à un état ou un degré d’être où elle ne peut exister que de manière relative et circonstancielle : le monde physique (la substance et la matière). Pour moi une bille d’agate est insécable, mais si je la met au four assez longtemps, elle cessera de l’être. Le diamant, plus dur minéral du monde, se brise à force de chocs répétés — et sa dureté a surtout valeur symbolique : il est de structure moléculaire cubique avec des côtés de 3,6 angström (trois 6).

2 Le Tao de la physique, Sand, Paris 1985. « Inclure la conscience » est bien sûr une formule malencontreuse, la conscience étant par définition ce qui inclut. Il s’agirait plutôt de prendre en compte l’état de conscience du chercheur dans son expérience.

3 C’est là une réalité d’ordre traditionnel (que seuls les modernes auront dû négliger en accord avec leur élan luciférien) qui a potentiel ésotérique et initiatique. Si la philosophie vise la connaissance de soi, elle engage nécessairement l’individu en totalité (esprit, âme et corps) : elle est gnose et sa démarche est gnostique. De même pour la phénoménologie transcendantale de Husserl et la « Structure absolue » d’Abellio : elles sont d’ordre ésotérique et initiatique.

4 Œuvre laborieuse de philosophie scientifique, avec quelques bonnes tentatives hélas étouffées par la soumission de l’auteur au dogme matérialiste. Espagnat, qui meurt d’envie de reconnaître une conscience à toute forme de vie sans oser l’affirmer, évacue beaucoup trop vite la pensée de Husserl (sans avoir compris ce qu’est sa « réduction phénoménologique »), refuse de reconnaître la supériorité de l’intuition sur la raison et reste enfermé dans un rationalisme et un empirisme aussi étroits que sclérosants.

5 La Fin de l’ésotérisme (Presses du Châtelet, 2014), p. 86.

6 Le mot wirk vient de l’allemand wirklichkeit, « réalité » (wirklich : « réel ») ; le mot haps vient de l’anglais to happen, « se produire », « se passer », « arriver ». Wirks et haps servent donc à désigner tout ce qui se manifeste, tout événement et tout phénomène. (Là encore la langue des oiseaux fait merveille : wirk s’approche de work, verbe anglais désignant le travail mais aussi l’action créative et productive, ainsi que l’idée de fonctionnement et d’efficacité. Quant à hap, il se retrouve dans happy : « heureux » !)

7 La Fin de l’ésotérisme, pp. 108 et 110.

8 Capra justifie aussi « l’attitude fondamentale de la science moderne, à savoir que tous ses concepts et théories sont approximatifs ». Ainsi la théorie quantique ne peut-elle parler que de probabilités, c’est-à-dire de « tendances à exister » (en ce qui concerne les quanta) et de « tendances à survenir » (en ce qui concerne les événements, les haps, du verbe to happen, « survenir », « se produire », « avoir lieu », etc.), ces deux sortes de tendances n’étant elles-mêmes que des variations locales sur un même thème global. Or la Gnose ne peut se satisfaire d’approximations : mêmes relatives, celles-ci peuvent et doivent se rendre de manière exacte. Tel est l’enjeu qui mobilise l’avènement de la nouvelle science, c’est-à-dire une science gnostique — la « nouvelle Gnose » introduite par Raymond Abellio.

9 Parmi les ouvrages new age disponibles en français qui ont le mieux présenté cet événement on peut citer L’Eveil au point zéro de l’ingénieur américain Gregg Braden (Ariane, Outremont 1998) et Cosmologie maya et théorie quantique du biologiste suédois Carl Johan Calleman (Alphée, Paris 2010). En France la biologiste Jacqueline Bousquet (jusqu’à sa mort le 11 février 2013) en fut une représentante sérieuse (en particulier du point de vue de la convergence entre science et spiritualité). Voir son site Internet : Arsitra.org.

10 Abellio, Vers un Nouveau Prophétisme.

11 Abellio, La Structure absolue (Gallimard, 1965), pp. 31-32.

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