Les œuvres de l’esprit

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Editions du Laurier

Du sens et du sang — Ne pas oublier l’équipe du Ciel !

Lhypothèse la plus pertinente et cohérente, sérieuse et rigoureuse, à propos du mystère de Rennes-le-Château, implique l’existence et l’influence d’une série d’êtres extraterrestres et supra-humains à l’origine et au fil de notre histoire — l’histoire de l’humanité, pas celle de Rennes-le-Château. Une hypothèse qui ne va certes pas de soi et ne bénéficie pas (encore) de lattention qu’elle mérite. Un chercheur comme Christian Doumergue, par exemple, a mis plusieurs années avant de la prendre au sérieux, après lavoir niée sans vergogne. C’est que l’écart, en effet, peut sembler un peu grand, et le raccourci trop hardi, entre la ritournelle dun curé qui trouve de l’or dans son église, et les publications à dimension eschatologique — d’Elizabeth van Buren à Jean Robin — qui font du secteur de Bugarach et Rennes-le-Château l’épicentre planétaire d’une Apocalypse à dimension cosmique. Hardi, certes, mais nullement abusif, et même légitime et nécessaire. « À l’impossible nul n’est tenu » mais « impossible n’est pas français ». Bienvenue en Razès 🙂

 

Dans son excellent ouvrage documentaire sur L’Affaire de Rennes-le-Château paru chez Arqa en 2007 — qui signalait par exemple les liens entre Bérenger Saunière, Prosper Estieu et Déodat Roché —, Christian Doumergue a évoqué l’hypothèse de l’origine divine, c’est-à-dire extraterrestre et suprahumaine, du « sang real », en citant l’interlocuteur de Gérard de Sède dans La Race fabuleuse. Extra-terrestres et mythologie mérovingienne (1973) qui la résumait en ces termes :

« Si le ’’sang sacré’’ des Mérovingiens, que rendaient tangible leurs marques génétiques héréditaires, provenait de ces ’’Ancêtres élevés’’, des Marous védiques, des Dropa tibétains, des Néphilims bibliques dont le nom signifie ’’les Tombés’’, du Phrygien Phryxos fils de la nuée Néphélé, de ces ancêtres dont peu importent les divers noms puisque aussi bien leur trace se retrouve dans le nom des ’’Francs des nuages’’, les Franci nebulones ou Niebelungen, tombés du ciel dans les contrées marécageuses, comme les crapauds, bref, si ce sang témoignait d’un très ancien croisement avec une espèce dont l’évolution avait commencé sur une autre planète et s’était poursuivie pendant un certain temps sur la nôtre, alors, aussi surprenant que cela vous paraisse, des descendants des extra-terrestres ont jadis régné sur la France. » 

 

Gérard de Sède, baron de Lieoux (1921-2004).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette hypothèse, comme Ch. Doumergue devait l’admettre six ans plus tard, s’inscrit donc d’emblée parmi les textes fondateurs de la bibliographie castel-rennaise, ce qui implique, à partir du moment où l’on s’intéresse au mystère de Rennes, de la prendre au sérieux. (Sinon on s’intéresse à autre chose.) Ce qui n’avait pas empêché Doumergue de parler à la place des autres pour leur dire ce qu’il convenait d’en penser : « Le véritable sens de ces digressions ne peut être compris que si on les considère pour ce qu’elles sont : une fable destinée à masquer le véritable message du texte, qui ne sera éclairci que quelques années plus tard à travers un nouvel ouvrage émanant du Prieuré de Sion : Holy Blood Holy Grail ». Bon sang mais c’est bien sûr ! À chacun, certes, la liberté de choisir ses sources et de les hiérarchiser comme il l’entend, mais cela n’autorise nullement à décréter, sans nul argument ni élément à proposer, que cette phrase — qu’il est bien léger de traiter de « digressions » — soit une « fable », et « destinée » au surplus à faire croire que Truc ment et que Machin dit vrai, sans que l’on sache au profit de quelle obscure et minable rancune ces imbécillités furent proférées. (1)

Attention, le secret se dévoile. Ça va aller très vite… Hop, ça y est ! On n’a rien vu.

Six ans plus tard, dans Le Secret dévoilé  (2013), Christian Doumergue rectifie donc le tir. Il s’est avisé entre-temps que Plantard, dès 1959, avait évoqué « la visite sur Terre d’êtres venus d’un autre monde » dont Jésus-Christ était le descendant, avant d’insister sur Isis dans Les Templiers sont parmi nous (en 1962) puis dans « Le serpent rouge » (en 1967). — Isis, c’est-à-dire une déesse, donc un individu extraterrestre et suprahumain, présentée au surplus comme l’incarnation de la Déesse-Mère, génitrice de l’espèce humaine, c’est-à-dire (en termes chrétiens) Notre-Dame : Marie, reine du Ciel et notre Mère à tous. Mais après avoir, à juste titre, cité le médium américain Edgar Cayce — qui avait mentionné l’installation dans les Pyrénées, avant la fondation de l’Égypte, d’un sanctuaire par un groupe d’Atlantes rescapés du cataclysme —, Doumergue préfère se demander qui, derrière Plantard et ses comparses, a bien pu tirer les ficelles de cette divulgation progressive par livres et auteurs interposés. Drôle de question, qui n’est qu’une vaine et fausse question. 

 

À cet égard, Robert Charroux (qui fut impliqué lui aussi à Rennes-le-Château) avait compris l’essentiel en constatant — en avant-propos de son excellente Histoire inconnue des hommes depuis cent mille ans (1963) — que depuis deux ou trois millénaires, en Occident, « des sociétés secrètes ont forgé le destin des hommes », ce qui suffit à régler la question — le propre d’une société secrète étant a priori de rester inconnue (et de tout faire pour y arriver), sauf bien sûr quand elles sont déclarées en préfecture, comme en 1956 à Annemasse. À rigoureusement parler, il ne semble guère y avoir eu aucune organisation initiatique derrière (ni au-dessus) de Plantard, comme il y en eut derrière Victor Hugo et Jules Verne, par exemple. (Quand on demande à Michel Lamy qui a bien pu renseigner Jules Verne, il répond : la Rose-Croix.)

— À part le grand Charroux, c’est l’incontournable Gérard de Sède qui avait aussi compris (et laissé entendre) à quoi il fallait s’en tenir à cet égard, dans son magnifique récit Du Trésor de Delphes à la tragédie cathare (Pygmalion, 1978), une synthèse définitive qui suffit (entre autres — et il y a déjà plus de quarante ans de ça…) à vaporiser les stupides et puériles rodomontades des quelques fanfarons qui jouent encore au matamore en Razès et qui peuvent avoir un peu tendance à raconter n’importe quoi n’importe comment pourvu que cela amuse la galerie, au détriment de toute considération pouvant avoir le moindre rapport avec le respect de la vérité. — 

 

sticker-croix-occitane

 

Laissant donc ses pieuses interrogations sans réponse, notre auteur en est réduit à constater, p. 629, qu’il a « du mal à faire le tri entre ce qui relève du fait et ce qui est coïncidence — n’ayant pas encore suffisamment de clés pour distinguer l’un de l’autre ». Nul besoin de « clés »  pour cela : il suffit de mettre en relation tel fait avec telle coïncidence pour voir ce qui circule en termes de sens entre le premier et la seconde, et le degré de cohérence et de pertinence qui se dégage de l’ensemble. Et si cette mise en rapport dialectique doit faire office de clef, alors elle est une clef souveraine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Du mal à faire le tri », en effet, au point de sombrer dans le plus épais galvaudage, en organisant vers la fin janvier 2019, à Rennes-le-Château et sous l’intitulé « Mystérieuses connexions », deux conférences où il ne se trouva pas davantage de mystère que de connexions (cependant cette péroraison était gratuite) et où Doumergue s’est borné à répéter les mêmes citations des mêmes auteurs que les années précédentes, avant que M. Olivier Rimbault, un universitaire de Perpignan invité par lui, prenne la parole pour évoquer le folklore médiéval attaché au mont Canigou en le comparant au folklore moderne attaché au mont Bugarach, pour en arriver à la docte conclusion que les gens qui croyaient aux fées au Moyen Âge, c’est comme les gens qui croient aux « ovnis » de nos jours : si ça peut leur faire du bien, tant mieux pour eux. Un tel sommet d’arrogance et de stupidité satisfaites est hélas fort mal venu, car s’il y a bien des échéances qui nous dépassent et auxquelles on ne peut rien (cela s’appelle des cycles cosmiques), elles n’en représentent pas moins, quoi qu’on en pense et en toute rigueur, une hypothèse à prendre au sérieux, elle aussi. Et ce n’est pas en niant la réalité extraterrestre et suprahumaine — et il faut vraiment être aussi bas de plafond qu’un universitaire pour ignorer les ouvrages de chercheurs comme Jean-Pierre Petit, Jean-Gabriel Greslé, Michel Coquet ou Jacques Vallée — ni encore moins en insultant au passage ceux qui ont déjà simplement admis cette évidence (en les accusant de croire aussi servilement que le feraient des grenouilles de bénitier) que l’on se donnera la capacité de répondre a minima aux conditions posées par ces échéances. Enfin si lien il y a entre le Canigou et le Bugarach, c’est pour des raisons d’un ordre autrement élevé, subtil et vaste que celui auquel certains auteurs semblent pouvoir accéder. Des raisons qui non seulement n’outrepassent nullement le mystère de Rennes-le-Château mais au contraire l’accomplissent en le conduisant à ses ultimes implications logiques.  

 

 

En l’occurrence le Canigou, dont le nom (dérivé de canicula, « petite chienne ») renvoie à l’étoile Sirius (Alpha Canis majoris, constellation du Grand Chien), est associé au chien — comme le rappelle René Descazeaux dans Secrets et sacré des Pyrénées (2005) — « depuis que, d’un autre observatoire sacré situé sur la ligne méridienne rouge, le Bugarach, des chamans pyrénéens ont vu monter, pour la première fois, il y a 8 000 ans, Sirius, redevenu visible à notre latitude ! » (Par la suite, le lever héliaque de Sirius — qui est l’étoile la plus brillante de notre ciel — servit aux Égyptiens à situer le début de l’année.) Depuis, la tradition veut que le Canigou abrite le corps de Pressine et Palestine, sœurs de Mélusine, mi-femmes mi-déesses, dont descend — outre la famille de Lusignan et celle de Saint-Gilles (les comtes de Toulouse) — la famille de Bellissen, illustre famille cathare qui semble avoir été longtemps gardienne des mystères déposés en Corbières (comme le suggère Franck Marie dans son Corbénic. Château du Graal en Corbières audoises). À cet égard, Descazeaux note que, « bien avant Raymond de Péreille, les seigneurs du Pog [de Montségur] étaient des Bellissen, que la tradition populaire désignait comme Fils de la Lune, parce que mystérieusement reliés à Bélissama ! » (Bélissama/Mélissande/Bélissane, déesse lunaire et parèdre féminine de Bel/Bélénos/Abélio, le dieu solaire.) René Descazeaux ajoute que « Jean d’Arras, qui séjourna dans la région en 1380, prépare son Roman de Mélusine en rassemblant ici les contes et traditions relatives aux fées. Les sœurs de Mélusine, Palestine et Pressine, sont exilées sur le Canigou, gardant les portes d’accès aux mines d’or souterraines de la montagne ». Où l’or symbolise donc, non pas le pognon et le pouvoir, mais la connaissance et le ’’retour à l’origine’’ — c’est-à-dire la relation, via le Bugarach et le Canigou, aux régions galactiques d’où sont venus jadis les « dieux » et les « déesses » à l’origine de notre actuelle humanité terrestre. Et cet or, symboliquement aussi bien que physiquement, est gardé par des fées, des sorcières ou des dragons, c’est-à-dire par des émanations et des incarnations de la déesse.  

Il y a enfin, du reste, un rapport étroit entre cette Mélusine et la déesse Lilith, derrière laquelle se reconnaît aussi Nephtys, qui eurent Marie-Madeleine pour descendante et incarnation humaine. Ainsi la boucle est-elle bouclée, puisque (selon une hypothèse d’ailleurs impeccablement exprimée par Doumergue dans La Terre élue en 2004) Marie-Madeleine, en tant qu’ « Apôtre des apôtres » — « disciple préférée » de Jésus-Christ, dépositaire et transmettrice de la gnose chrétienne —, passe pour avoir fondé plusieurs centres d’enseignement dans les Corbières et le Razès (mais ailleurs également). On comprend dès lors pourquoi, comme le rappelait Doumergue en conclusion de La Terre élue, « les Cathares vouaient à Marie-Madeleine un culte tout à fait particulier ». C’est que Madeleine, « Successeure » de Jésus-Christ, « fut chargée par lui de fonder, à côté de l’église visible (celle de Pierre), une église invisible, celle des Parfaits ». (Autant dire que la gleisa cathare de l’Occitanie médiévale a été fondée par Madeleine pour transmettre l’enseignement du Christ.) « Si nous pensons, ajoutait Doumergue, que ces deux églises n’ont pas, à l’origine, été construites en opposition l’une par rapport à l’autre, mais comme deux ensembles complémentaires, la prétention de l’église de Pierre à détenir seule la vérité, entraîna par la suite la persécution de l’église de Marie ». C’est au moins probable, en effet. (Et qu’est-ce qui a pu motiver une telle prétention et une telle persécution, si ce n’est… la jalousie ?) 

 

Mélusine, fondatrice divine d’une des lignées de « sang réal » enracinées dans les Corbières cathares. A propos du peigne que tien ici Mélusine, il est à noter que le peigne de Vénus est le nom d’une plante médicinale qui est aussi appelée l’aiguille de berger. 

 

C’est pourquoi Doumergue a eu raison de noter (dans son livre de 2007) que « les affirmations pour le moins surprenantes véhiculées par La Race fabuleuse et amplifiées par L’Énigme sacrée allaient faire entrer l’énigme de Rennes dans une nouvelle ère, et conduire sur les pas de l’abbé Saunière un nouveau type de chercheurs, non d’or mais de sens ». Certes — et en termes de sens, la question de l’origine est évidemment centrale, cruciale, primordiale. Et l’analyse effectuée par Doumergue des textes de Plantard a du moins le mérite d’en avoir dégagé les nombreuses et insistantes références à Isis et à l’Atlantide, dont l’héritage, pour le coup, se trouve bel et bien inscrit et enraciné dans les Pyrénées en général et dans les Corbières en particulier, selon des modalités qui sont encore néanmoins à décrire et à expliquer avec un minimum de précision, de cohérence et de clarté. Ne serait-ce que pour se donner les moyens de vérifier l’hypothèse, disons ’’maximaliste’’, portée par Plantard et résumée par Doumergue à propos du mystère de Rennes-le-Château : à savoir la présence en Corbières d’un sanctuaire et d’un dépôt d’origine atlante, recelant au moins une tombe et des reliques — incluant tel ou tel appareillage opératif et d’origine suprahumaine (ce dont ni Plantard ni Doumergue ne font cependant mention) — et dont la découverte, la mise au jour et/ou la mise en œuvre est censée contribuer en quelque manière à permettre et/ou accélérer le passage de l’humanité de l’Ère des Poissons à l’Ère du Verseau. (Avec pour modalités principales la disparition des religions instituées et l’émergence d’une haute conscience écologique, voire ’’écosophique’’.) Ajoutons pour finir que si l’on cherche à identifier l’appareil dont il peut s’agir, c’est bien évidemment l’Arche d’Alliance qui s’impose, et que si l’on cherche à localiser ce dépôt, c’est vers le pech de Bugarach (plutôt que vers Rennes-les-Bains) qu’on est le plus logiquement conduit, le nom du pech pouvant fort bien se laisser transcrire en « mont de l’Arche ». Il appert cependant qu’un tel dépôt nous est encore interdit, car il est objet de connaissance, et semble hélas n’avoir été pour lors considéré que comme un objet de puissance, ce qui est là une approche rédhibitoire, pour ne pas dire fatale. 

 

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  1.  C’est comme si la défense de l’œuvre de Pierre Plantard et Philippe de Chérisey qu’a entreprise Ch. Doumergue — allant jusqu’à attribuer une qualité « initiatique » ou « hermétique » aux écrits de Plantard, ce qui revient à prendre des vessies pour des lanternes car nous ne sommes là qu’en occultisme et certes pas en ésotérisme — devait aussi le conduire à attaquer ou dénigrer celle de Gérard de Sède, — auquel cas il pourra dès lors s’avérer utile et fertile de considérer à nouveaux frais les apports successifs des deux premiers comme du troisième à la bibliographie de Rennes-le-Château. Il y a fort à penser en effet que Gérard de Sède ne fut jamais le dupe de Pierre Plantard et que la réalité fut même plutôt l’inverse — tel fut pris qui croyait prendre (et on voit mal en effet comment un mystique d’extrême-droite exalté comme Plantard aurait pu la faire à l’envers à un vétéran des FFI et ancien trotskyste comme le baron de Lieoux) —, à tel point que Chérisey, sur commande et la mort dans l’âme, a dû lancer, en 1977, sa minable campagne d’intox’ consistant (outre à insulter Gérard de Sède) à faire croire qu’il était l’auteur des parchemins retrouvés par Bérenger Saunière et publiés par Gérard de Sède. (Voir les extraits publiés dans la revue Pégase, n° 18, janvier-mars 2007.) Propagande dont un Jean-Luc Chaumeil, à la demande expresse de Chérisey, s’est fait le relais à travers son Testament du Prieuré de Sion (2004) contenant le « Pierre et papier » où Chérisey fait semblant d’essayer de vouloir peut-être nous faire croire qu’il a fabriqué lui-même les parchemins pour rire, non sans laisser toutefois quelques erreurs d’orthographe qui ont de bonnes chances d’être là pour signaler une entourloupe et un autre niveau de lecture à prendre en compte. 

 

Commentaires

  • Carmen

    3 août 2019

    Tes articles sont toujours magnifiques!!!un vrai bonheur pour notre cerveau et corur mille mercis et te souhaite une longue vie pour nous sider a elargir notre horizon. Toute mon affection!!

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